© 2017, crée par Chantale Coulombe

LE MICROBIOME : UN NOUVEAU MONDE À CONQUÉRIR

Au début du 20e siècle, deux médecins ont orienté leur pratique médicale vers le traitement de la                « putréfaction intestinale » et de l’«auto-intoxication » à partir d’un intestin souffrant de constipation. 

Le William Arbuthnot Lane (1856-1943) affirmait : « Le côlon est la cause de tous les troubles » et, chirurgien chevronné, il pratiquait alors l’ablation du côlon. Cette pratique chirurgicale lui permettait, disait-il, de vaincre en peu de jours les symptômes de l’arthrite, de la vésicule biliaire et les troubles de la thyroïde. De plus, il ajoutait qu’il n’avait jamais rencontré un cancer du sein ou de l’utérus chez une femme qui n’avait pas aussi dans le côlon des matières en état de putréfaction ;


Le Dr John Harvey Kellogg (1852-1943), s’étant aussi intéressé au transit intestinal, préférait  soigner ses patients avec un régime totalement végétarien, et obtenait également auprès de ses patients, des résultats étonnants qui firent sa réputation internationale.

 

Aujourd’hui, on est forcé de considérer que ces médecins étaient avant-gardistes, alors qu’ils avançaient qu’il y avait  une relation entre des « bactéries putréfiantes » dans l’intestin et certaines maladies, mais aussi qu’il y avait  une relation entre des  « bactéries fermentantes » et la santé --les bactéries putréfiantes étant abondantes en présence d’une alimentation riche en viandes et pauvre en végétaux, et les bactéries fermentantes étant abondantes en présence d’une alimentation riche en végétaux et pauvre en viandes, en sucre, et produits raffinés.

 

Récemment, cette vieille idée considérée comme « non scientifique » pendant plusieurs décennies, est redevenue un sujet d’actualité dans la recherche biomédicale. On ne parle plus, comme au début du 20e siècle, de flore bactérienne mais de MICROBIOME. Pourquoi ? La clé est dans la dernière partie de ce mot : « ome », tout comme dans génome. Effectivement, en 2007 était lancé aux États-Unis, le Human Microbiome Project par le National Institute of Health. Les scientifiques avaient développé de nouvelles techniques puissantes afin d’identifier les milliers de différentes espèces et souches de bactéries vivant dans notre corps – le microbiome – et cela en étudiant leurs gènes. 

 

Il est ainsi possible maintenant d’identifier quels sont les microbes présents dans l’intestin, et en quelle quantité, et de détecter quel genre de fonctions métaboliques ces bactéries ont. Le but ultime est d’étudier la connexion entre le régime alimentaire, le microbiome, et la santé, en fait entre le microbiome et les risques de cancer, de diabète, de maladies cardiovasculaires, d’obésité, mais aussi de troubles mentaux – dépression, autisme, hyperactivité, schizophrénie, entre autres. En fait, la recherche bat son plein, et régulièrement, on avance de nouvelles relations entre le microbiome  et, par exemple, l’asthme, les allergies, les maladies auto-immunes.

 

 Alors, comment allons-nous soigner notre microbiome ?

Il pèse entre 1 et 5 kg, vit dans notre intestin, et se nourrit de ce qu’on avale. Un microbiome sain est composé d’environ 100 000 milliards de bactéries. Le poids de ce microbiome dépend non du poids total de l’individu mais de son type d’alimentation. Plus l’alimentation est raffinée, carnée, et à base d’aliments ultratransformés, plus le microbiome est « maigre », raréfié, peu diversifié. 

 

Deux possibilités s’offrent à nous : 

 

1. UNE APPROCHE PRÉBIOTIQUE -- protectrice des maladies inflammatoires, métaboliques, comportementales -- est basée sur une consommation prioritaire d’aliments riches en fibres, les fibres étant la nourriture privilégiée des bactéries saines, de leur abondance, de leur diversité, et de leur capacité à maintenir une paroi intestinale épaisse, non poreuse, protectrice des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Dès qu’il y a changement des habitudes alimentaires dans le sens d’une alimentation riche en végétaux riches en fibres, -- les fibres sont  les prébiotiques --  il y a changement positif du microbiome. Les légumes comme les pommes de terre, les poireaux, les panais, les betteraves, les asperges, les endives, les oignons, etc. favorisent la croissance et l’activité du microbiome qui pourra ainsi mieux lutter contre les mauvaises bactéries. (On dit bien PRÉbiotiques – précurseurs de bactéries saines -- et non PRObiotiques, ces derniers étant des bactéries cultivées.) L’approche prébiotique induit au niveau du microbiome une dépense d’énergie plus grande, un stockage de graisses diminué et une sensation de satiété – adieu la faim dévorante et l’envie de toujours grignoter.

 

2. UNE APPROCHE THÉRAPEUTIQUE par la transplantation ou greffe fécale. Le transfert d’un microbiome de sujet sain dans un sujet au microbiome malsain et souffrant d’obésité, d’inflammations intestinales graves, de diabète ou de maladies cardiovasculaires, peut donner des résultats étonnants. Lors d’une infection par la bactérie Clostridium difficile, la transplantation fécale donne des résultats beaucoup plus efficaces qu’une antibiothérapie. Ainsi, en 2014, la Société américaine de Gastroentérologie et la Société européenne de Microbiologie clinique et d’Infectiologie ont institué la transplantation fécale comme alternative au traitement antibiotique des infections récidivantes. (Les spécialistes nous disent que c’est une procédure assez simple utilisée depuis longtemps par les vétérinaires avec succès pour traiter de nombreuses maladies du bétail, mais aussi par de « vieux » médecins soucieux de sauver des vies quand plus rien ne marchait 1.)

 

Je vous invite sincèrement à conquérir votre microbiome grâce à une consommation régulière de soupe aux légumes, de ragoût de légumes, de salade de pommes de terre, de pâtes complètes, de riz brun, de compote de pommes, de bon vrai pain complet, etc., etc. Vous serez gagnant sur tous les plans.

 

©2018 Danièle Starenkyj

1. Pour une étude détaillée des effets désastreux du microbiome privé de fibres, je vous propose la lecture du chapitre QUAND LES BARBARES ENVAHISSENT dans le livre MON PETIT DOCTEUR, p. 111-130, Orion.

 

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