© 2017, crée par Chantale Coulombe

LA MÈRE « JUSTE CORRECTE »

Qu’est-ce que le concept de la mère « juste correcte » ? En 1953, le pédiatre et psycho-analyste Donald Winnicott 1 propose ce concept à propos du rôle maternel 2. La mère « juste correcte », affirmait-il,  n’est ni bonne ni mauvaise. Elle est une personne à part entière et non une chimère. Une fois son bébé mis au monde, elle s’adapte à ses besoins, et elle le fait de façon immédiate, cherchant à calmer ses pleurs aussi

 rapidement que possible. Dès le moindre inconfort, elle nourrit son bébé, le change, le berce. Elle se rend totalement disponible, et cela au prix même de ses besoins personnels. Elle sacrifie ses heures de sommeil, ses aspirations au calme, ses moments d’intimité, ses périodes de repas. Bébé ainsi grandit, et il apprend avec bonheur qu’il est aimé, qu’il est en sécurité, que sa maman est là pour lui, en tout temps, de toute façon. 


Cependant, à la longue, ce monde douillet devient utopique. Maman ne pourra pas soutenir indéfiniment ce degré d’attention, d’égards, de prévention. Et, Winnicott le dit avec emphase, il ne le faut pas. Car une mère « juste correcte » doit aussi apprendre à son enfant la réalité. Alors progressivement, elle ne répond plus à la minute près aux cris de son enfant, elle le laisse attendre quelque peu avant d’écouter ce qu’il veut lui raconter, elle ne lui donne plus toujours

 

 exactement ce qu’il veut manger ni au moment précis où il le veut. Et ce faisant, elle lui apprend la leçon de base que tout humain doit intégrer le plus rapidement possible : les retards, les frustrations, les déceptions, sont des réalités de la vie. Le monde ne tourne autour de personne, et certainement pas autour d’un bambin de 4 ans, ni d’un enfant de 10 ans, ni d’un adolescent de 15 ans. Toute requête ne sera pas accordée. Tout comportement ne sera pas accepté. La vie, la vraie, sera dure pour son enfant, comme elle l’est pour tout le monde. 


La mère « juste correcte », en étant elle-même tout simplement humaine, conduit son enfant de l’idéal – celui que son amour lui a généreusement offert --  à la réalité. Et ainsi, cette mère qui n’est pas la meilleure, qui n’est pas parfaite, en s’adaptant moins complètement aux exigences de son enfant, l’aide maintenant à s’adapter à la réalité du monde extérieur. Cette mère  « juste correcte » fait à son enfant le don le plus extraordinaire qu’elle puisse lui faire : le don de la résilience, le don de cette capacité de ne pas désespérer devant l’opposition, les déceptions, les obstacles, l’ennui, la tristesse, la douleur, la frustration. Elle fait de son enfant un humain qui pourra relever les défis de la vie car elle a planté dans

 son cœur un coin d’amour inconditionnel, et dans sa tête un espace de vérité, de cette vérité libératrice des exigences égocentriques d’un moi hypertrophié. 

 
Le concept de la mère « juste correcte » est raisonnable et positif. Il nous encourage à faire des enfants forts, capables de supporter les risques de la vie, des enfants qui, quand ce sera vraiment trop dur, penseront à notre amour de maman – cet amour qui a répondu généreusement à tous leurs besoins, et cet amour qui leur a honnêtement appris qu’il fallait savoir attendre et accepter de se faire dire NON. Certes, la mère « juste correcte » est infiniment meilleure que la mère parfaite -- toujours parfaitement imparfaite. Car il est résolument impossible d’être une mère parfaite… mais il existe une multitude de façons d’être une maman « juste correcte ».

 

©2018 Danièle Starenkyj 


1. Winnicott D.W., Transitional objects and transitional phenomena; a study of the first not-me possession, International Journal of  Psychoanalysis, 34(2), p. 89–97, 1953.
2. Cet article pourrait tout aussi bien s’intituler le concept du père « juste correct ». Sérieux antidote de la quête actuelle de la perfection dans tous les domaines de la vie, ce concept vaut la peine d’être envisagé par la mère et par le père. Car, comme depuis toujours, deux valent mieux qu’un.

Partagez sur Facebook
Please reload

Posts à l'affiche

L’ALCOOL PLUS FUNESTE QUE LA CRISE CARDIAQUE

6/23/2017

1/1
Please reload

Posts récents
Please reload

Archives
Please reload

Retrouvez-nous
  • Facebook Basic Square