• Danièle Starenkyj

LA THÉRAPIE HORTICOLE, UNE THÉRAPIE QUI FAIT DES MIRACLES

En prison, en hôpital psychiatrique, dans les écoles, auprès des prisonniers, des malades mentaux, des personnes âgées, des enfants et des jeunes, la thérapie par l’horticulture ou hortithérapie est une alliée inégalable de la santé physique, mentale et sociale. Les résultats de cette thérapie – apprendre à semer, arroser, soigner, récolter des légumes, des fruits, des fleurs -- sont trop bons, trop beaux, trop grands pour être ignorés ou négligés.


JARDINER EN PRISON ?


L’objectif principal des services correctionnels est la réadaptation des prisonniers, soit retrouver un mode de vie sans crime et réintégrer la société avec succès après la libération.


Or, le milieu carcéral est restreint, exclusif, isolé, et il entraîne des effets négatifs sur la santé psychologique des prisonniers et une inadaptation sociale. Que ce soit en Europe, en Amérique ou en Asie, environ un détenu sur sept fait l'objet d'un diagnostic de psychose ou de dépression clinique.


Dans un contexte de taux élevés de diverses formes de violence, de suicide, d'automutilation et de mauvaise santé mentale, l’hortithérapie, dans chaque prison où elle est mise en place, donne des résultats libérateurs pour les détenus participants et améliore leur santé mentale et leur bien-être.


1. L’hortithérapie est une approche fondée sur les forces du détenu. Elle s’oppose aux perspectives conventionnelles fondées sur la maladie qui considèrent que les détenus ont des lacunes, et sont donc centrées sur la fourniture de médicaments pour résoudre les problèmes.


2. Les approches fondées sur les forces explorent ce qui aide les détenus à s'éloigner du crime et de la déviance. Elles permettent aux détenus de reconnaître qu'ils ont de la valeur et qu'ils peuvent contribuer positivement à la communauté et à la société en général.


3. L’hortithérapie est une activité réparatrice puissante. Le détenu entretient et observe les plantes au cours de leur cycle de vie. Il en retire la joie de faire quelque chose de positif qui réclame son attention, de la délicatesse, et de la compétence. Il se met à penser et réfléchir, et à transposer dans sa vie les leçons que les plantes lui apprennent. Un sens de liberté physique et de liberté intérieure se met à l’habiter. Il découvre un coin de bon sens dans son monde de folie.


4. En s’occupant de quelque chose en dehors de lui-même, il passe du moi au nous, ce mouvement étant la base même de la sociabilité. Il apprend à agir avec, et non contre, les plantes qui poussent grâce à ses soins et non sa force.


5. Le détenu qui jardine réalise que la nature a des richesses qui sont gratuites et dont on peut jouir sans frais.


6. Le fait de faire quelque chose de positif le remplit de joie et efface le script de condamnation qui l’a amené en prison.


7. L’hortithérapie prévient les récidives. Une des plus grandes colonies pénales dans le monde, l’île Rickers, a un taux de récidive, dans les trois années qui suivent la libération, de 65 %. Les détenus qui ont eu le privilège de suivre le programme d’horticulture offert par l’Horticultural Society of New York—le projet GreenHouse – ont un taux de seulement 10 à 15 % de récidive.


8. Des changements positifs dans l'état de santé des détenus, mesurés avant et après leur participation au programme de thérapie horticole, ont montré une diminution de la dépression, une augmentation de l'estime de soi, et de la satisfaction de la vie.


GUÉRIR DE LA SOUFFRANCE MENTALE EN JARDINANT


En 1812, Benjamin Rush, un médecin américain et l'un des pères fondateurs des États-Unis d'Amérique, remarque que la santé mentale des patients qui travaillent sur le terrain de l’asile où ils sont internés -- car ils devaient ainsi payer pour les soins qu’ils recevaient - très souvent guérissaient étonnamment bien. Par contre, les patients riches languissaient leur vie entre les murs de l’hospice.


Un mouvement fut créé : les hôpitaux psychiatriques devaient avoir de vastes serres et des jardins murés avec des fleurs, des fruits, des légumes cultivés par les patients pour l’usage de l’hôpital.

Après 1950, l’introduction de nouveaux et puissants médicaments, modifia radicalement les soins aux malades mentaux. Le rôle de l’environnement diminua au point que les nouveaux hôpitaux n’ont eu que très peu d’espaces verts à l’extérieur.


Aujourd’hui de nombreuses études affirment :


→ L'hortithérapie est de plus en plus utilisée dans le traitement non pharmacologique des patients atteints de schizophrénie. Une revue a démontré que les environnements non hospitaliers ont un meilleur effet thérapeutique sur tous les indicateurs de la maladie (symptômes, résultats de la réadaptation, qualité de vie et fonctionnement social des patients) que les environnements hospitaliers.


→ L'Organisation mondiale de la santé a déclaré en 2012 que la démence était une priorité de santé publique. Les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence sont la principale raison de l'hospitalisation des patients atteints de démence. Or, l’hortithérapie atténue les comportements agités, en augmentant le temps consacré aux activités et en diminuant le temps passé à ne rien faire.


→ L'amélioration de la fonction cognitive est l'un des problèmes mondiaux les plus difficiles à résoudre pour la population souffrant de troubles cognitifs. L'hortithérapie fait appel à l'expertise d'un thérapeute horticole qui établit un plan de traitement impliquant des activités horticoles visant à atteindre des objectifs spécifiques, ce qui entraîne des changements psychologiques, physiologiques et cognitifs qui améliorent la qualité de vie liée à la santé, et des changements biologiques qui préviennent les maladies chroniques.


→ L'immunosénescence, caractérisée par une augmentation de l'inflammation chronique de bas grade, entraînant l'épuisement et la sénescence des cellules T, est un facteur de risque important pour le développement des morbidités liées à l'âge. Il a été démontré que le contact avec la nature et les activités physiques associées renforcent l'immunité des personnes âgées et peuvent être encouragés sous la forme d'une thérapie horticole.


→ Dans un programme de thérapie horticole visant les femmes d’âge moyen souffrant de dépression, les scores de dépression et d'anxiété ont été significativement plus faibles et l'identité personnelle significativement plus élevée dans le groupe expérimental par rapport au groupe témoin. Le groupe témoin n'a montré aucun changement significatif dans les variables de l'étude. L’hortithérapie a ainsi démontré des effets très positifs sur la réduction de la dépression et de l'anxiété des femmes d'âge moyen, et sur l'amélioration de leur identité personnelle.


→ Pour tous ceux qui la reçoivent, l’hortithérapie produit la restauration de l’attention, le sentiment d’être à l’abri du stress, un sentiment de contrôle, d'autonomisation et de coopération qui sont tous favorables à l’amélioration de la mémoire et des capacités cognitives.


→ Le British Journal of Psychiatry a publié, en 2018, une étude sur le premier essai d’horticulture thérapeutique. Un groupe a reçu un cours de dix semaines de thérapie cognitivo-comportementale, un programme structuré de gestion du stress fondé sur des données probantes, et l'autre groupe a été assigné à un programme de jardinage de la même durée. Le programme de jardinage a apporté un niveau de bénéfice similaire à celui du programme de thérapie cognitivo-comportementale !


LE JARDINAGE ET LA SANTÉ DES ENFANTS SCOLARISÉS


• Nos enfants sont exposés à des niveaux élevés de stress, le stress scolaire n’étant pas le moindre en raison de l’environnement éducatif compétitif.


• Cet environnement éducatif stressant conduit à des enfants psychologiquement inadaptés.


• Les activités horticoles contribuent à la stabilité émotionnelle des enfants. Elles améliorent de manière significative l'intelligence émotionnelle, la résilience et l'auto-efficacité des élèves tant chez les garçons que chez les filles.

• Les activités horticoles dans les écoles sont efficaces pour favoriser l'appréciation de la nature, les compétences de vie, les capacités académiques et les expériences émotionnelles positives. De plus, les activités qui impliquent le contact avec les plantes mènent à une réduction du stress, et donc à une amélioration de la fonction immunitaire.


• Les interventions basées sur le jardinage ont le potentiel d'améliorer un large éventail de résultats pour la santé des enfants : elles améliorent l'apport alimentaire, augmentent l'activité physique en plein air, favorisent le bien-être général.


• Les recherches sur les interventions basées sur le jardinage dans les populations d’enfants et de jeunes scolarisés ont montré des associations entre le jardinage et la réduction de la colère, du stress, de l'anxiété et de l'indice de masse corporelle. Elles ont également démontré des améliorations du fonctionnement cognitif, de la satisfaction de la vie, de l'humeur, de la qualité de vie globale et des résultats scolaires.


• Les interventions basées sur le jardinage ont été utilisées comme une forme de thérapie pour toute une série de troubles et de maladies, tels que les troubles du spectre autistique et le cancer infantile.


L’HORTITHÉRAPIE, UN MIRACLE POUR TOUS


Les espaces verts -- jardins, serres, champs, forêts --ont un effet positif sur le développement personnel de tous. Leurs propriétés réparatrices et relaxantes permettent de s'évader de la vie urbaine (ou carcérale, ou hospitalière, ou scolaire). Forts de leur bien-être mental amélioré, de leur imagination et leur créativité stimulées, les prisonniers peuvent rêver d’un retour à la vie utile, les malades mentaux retrouver le goût de vivre, les écoliers et les étudiants être libérés du stress de la compétition. Tout ça, n’est-ce pas un miracle ?


© 2021 Danièle Starenkyj

SOURCES

* A-Young Lee , Soo-Young Kim, et coll., Horticultural therapy program for mental health of prisoners: Case report, Integr Med Res, juin 2021.

* Alan Farrier, Michelle Baybutt, Mark Dooris, Mental health and wellbeing benefits from a prisons horticultural programme, Int J Prison Health, mars 2019.

* Michelle Baybutt et coll., Growing health in UK prison settings, Health Promot Int, août 2019.

* Shan Lu et coll., Effectiveness of Horticultural Therapy in People with Schizophrenia: A Systematic Review and Meta-Analysis, Int J Environ Res Public Health, 22 janvier 2021.

* Li-Chin Lu et coll., Horticultural Therapy in Patients With Dementia: A Systematic Review and Meta-Analysis, Am J Alzheimers Dis Other Demen, janvier-décembre 2020.

* Kyung-Hee Kim et coll., Horticultural therapy program for middle-aged women's depression, anxiety, and self-identify, Complement Ther Med, août 2018.

* Hung-Ming Tu et coll., Meta-analysis of controlled trials testing horticultural therapy for the improvement of cognitive function, Scientific Reports volume 10, 2020. 

* Stigsdotter et coll., Efficacy of nature-based therapy for individuals with stress-related illnesses: randomised controlled trial, British Journal of Psychiatry, 2018.

* Yun-Ah Oh et coll., Horticultural therapy program for improving emotional well-being of elementary school students: an observational study, Integr Med Res, mars 2020.

* Anna Chiumento et coll., A haven of green space: learning from a pilot pre-post evaluation of a school-based social and therapeutic horticulture intervention with children, BMC Public Health, 2018.

*Kara Skelton et coll., Garden-based interventions and early childhood health: a protocol for an umbrella review, International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, 2021

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