• Danièle Starenkyj

LA COVID-19 ET LA VENTILATION

Pour lutter contre la Covid-19, « la ventilation est une mesure aussi importante que la distanciation physique et le port du masque1 », entendons-nous dire ces jours-ci.


DÉFINITION DE LA VENTILATION


C’est l’introduction intentionnelle d’air frais pour en faire sortir l’air vicié. Elle a pour but de maintenir la qualité de l’air dans un espace donné.


L’École de santé publique de l’Université Harvard affirme que « l’apport d’air extérieur dans les systèmes de ventilation mécaniques doit être augmenté, pour que l’air soit changé au moins cinq fois par heure. Il faut aussi ouvrir les fenêtres, même en hiver, et oublier les économies d’énergie1. »


L’OMS renchérit : La transmission du virus (covid-19) dans l’air « ne peut être exclue », notamment dans des lieux publics « fermés et mal aérés », où les gens se côtoient pendant une longue période de temps2.


MESURES D’HYGIÈNE


Intéressant ! La Covid-19 nous a fait redécouvrir des principes d’hygiène de base – se laver les mains fréquemment, se couvrir la bouche et le nez en période d’infection, et quand on tousse ou éternue, et éviter les postillons en gardant ses distances. Et maintenant, on parle même, finalement, de VENTILATION !


DOUBLER LA PERFORMANCE COGNITIVE


Dans les années 1980, le désir d’économiser de l’énergie a imposé l’obligation de faire des bâtiments écoénergétiques, soit plus étanches à l’air, avec une aération réduite, et entraînant une augmentation de la concentration dans l’air de composés organiques volatils (VOC) et de dioxyde de carbone (CO2). Il n’a pas fallu attendre longtemps pour connaître l’émergence du syndrome du bâtiment malsain : asthme, toux, étourdissement, démangeaisons, modifications sensorielles, etc.


En 2015, Dr Joseph Allen, directeur du Programme des bâtiments sains au Centre pour la santé et l’environnement global de Harvard, affirmait : « Nous avons ignoré les 90 %. Nous passons 90 % de notre temps à l’intérieur et 90 % du coût du fonctionnement d’un bâtiment sont ses occupants, et pourtant la qualité de l’environnement intérieur et ses effets sur la santé et la productivité, on y pense seulement après coup. »

Allen a ainsi dirigé une étude3,4 sur les répercussions humaines en termes de fonctionnement cognitif et de prise de décision des environnements « Bureau vert » et « Bureau vert plus », soit pour ce dernier, avec une aération renforcée, donc très bien ventilé, soit jusqu’à SIX CHANGEMENTS d’air à l’heure. Allen a pu mesurer que les performances des fonctions cognitives dans l’environnement « Bureau vert plus » étaient LE DOUBLE de celles des employés travaillant dans des environnements écoénergétiques.


L’exposition des travailleurs à des niveaux de CO2 élevés est d’autant plus grande qu’ils évoluent dans des bureaux paysagers, une expression presque poétique pour signaler les grands espaces collectifs où les gens sont confrontés à des bruits incessants, et à cause de la forte concentration humaine, à des taux élevés de CO2.


Dans un environnement « Bureau vert plus », la réponse aux crises était de 131 % meilleure, la stratégie 288 % plus intelligente, et l’utilisation de l’information 299 % plus élevée que dans un environnement écoénergétique. La prise de décision est en relation directe avec un fonctionnement optimal et efficace au sein des entreprises.


Il est impossible de croire que de ne pas pouvoir exercer ces compétences au maximum, au moins pendant 8 heures et même 10 et 12 heures par jour 5 jours semaines, n’a pas une influence directe sur la façon dont les gens mènent leur vie quotidienne, et particulièrement sur leur comportement et leur santé.

NOS ENFANTS EN MILIEU SCOLAIRE (Voir le blogue La COVID-19, une expérience d’adversité de l’enfance)

Comprenons que lorsque nos enfants au cerveau déjà stressé par la COVID-19 se retrouvent à l’école dans des classes non ventilées adéquatement ou même pas ventilées du tout, leurs capacités d’apprentissage sont fortement agressées. Leur comportement n’y échappe pas et oscille entre la somnolence ou l’hyperactivité qui toutes les deux se règlent merveilleusement quand on leur accorde des récréations comme en Finlande où les enfants sont en récréation toutes les 45 minutes pendant 15 minutes, dehors, par tous les temps sans exception.


UN PROVERBE DE MON PÈRE


Mon père citait souvent avec beaucoup de sérieux ce vieux proverbe : « Si tout le monde balayait devant sa porte, la ville serait propre. » Si, personnellement, je ne ventile pas chaque jour mon appartement, ma chambre à coucher, la salle de bain; si je calfeutre mes fenêtres et mes portes pour que pas une goutte d’air n’y passe ; si je ne respire jamais à pleins poumons… Si, en tant que patron ou enseignante, je ne me soucie pas de la qualité de l’air que mes employés ou mes élèves respirent et si je préfère à leur bien-être, une facture énergétique aussi faible que possible… Si, en fait, personne ne pense plus que l’air est un besoin vital, et si l’on oublie que l’oxygène ne se trouve que dehors, et qu’il y en aura à l’intérieur seulement dans la mesure où on le laissera entrer… cette négligence de notre environnement immédiat, et qui est sous notre contrôle direct, n’est-elle pas annonciatrice de notre négligence de l’environnement global ?


L’AIR, PREMIÈRE NÉCESSITÉ DE LA VIE


La prévention de la Covid-19, mais aussi d’une multitude de maux et de maladies et d’infections, passe obligatoirement par la mise en place de mesures d’hygiène simples mais puissamment efficaces. Ouvrons les fenêtres ! Allons dans la nature !


Oui, quand on ne balaie pas devant sa porte… Il est triste qu’une catastrophe qui fait mal à tous, doive nous réveiller pour que l’on se mette à agir dans le respect d’une loi fondamentale de la vie : pas d’oxygène = pas de vie4.


©2020 Danièle Starenkyj

1. Nancy Delagrave, professeure de physique au Collège de Maisonneuve, Le Devoir, 25 septembre 2020.

2. OMS, 29 juillet 2020.

3. Allen JG, MacNaughton P, Satish U, Santanam S, Vallarino J, Spengler JD, Associations of Cognitive Function Scores with Carbon Dioxide, Ventilation, and Volatile Organic Compound Exposures in Office Workers: A Controlled Exposure Study of Green and Conventional Office Environments, Environ Health Perspectives, 26 octobre 2015.

4. Confronting Covid-19, Everything You Need to Know about Healthy Buildings! Q & A Session, Urban Land Institute, 21 avril 2020.

4. Starenkyj Danièle, LA SANTÉ TOTALE, « Respirer pour vivre » et « Précis d’hygiène », ORION.



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