Inflammation et intestin : quel rôle pour le charbon activé ?
- Danièle Starenkyj
- il y a 1 heure
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Aujourd’hui, la médecine affirme que l’INFLAMMATION est le lit de toutes les infections et elle signale celles-ci par le suffixe « ite » : rhinite, sinusite, otite, bronchite, arthrite, cellulite, colite, cystite, diverticulite, etc.
Une inflammation incontrôlée est toujours dangereuse car elle contribue souvent aux séquelles potentiellement mortelles des infections dont la septicémie, mais aussi de l’intestin poreux. Ces diverses séquelles comprennent le dysfonctionnement simultané de plusieurs organes vitaux (poumons, reins, foie) accompagné de taux anormaux de molécules toxiques associées aux pathogènes (bactéries, virus, champignons, parasites), et de molécules, elles aussi toxiques, libérées dans les cellules hôtes en réponse à un dommage, et qui se déversent dans les liquides biologiques.
Les liquides biologiques sont le sang, la lymphe, le liquide cérébrospinal (cerveau), le liquide synovial (articulations), le liquide pleural (poumons), l’urine, la salive, le sperme, etc.
La définition actuelle de la septicémie (ou du sepsis) est : « Un dysfonctionnement organique potentiellement mortel causé par une réponse anormale de l’hôte à une infection. »
LE CHARBON ACTIVÉ : UNE ANCIENNE THÉRAPIE UTILISÉE EN MÉDECINE MODERNE
L’utilisation du charbon pour prévenir et traiter les infections est connue depuis l’Antiquité. Il était utilisé pour traiter les blessures (en cataplasme), les empoisonnements, les diarrhées et les flatulences (par voie orale) en Égypte vers 1500 av. J.-C., par Hippocrate en 400 av. J.-C., et par Claude Galien (129-216 apr. J.-C.), entre autres.
Aujourd’hui, nous avons des charbons dits de nouvelle génération. On parle de charbon actif entérosorbant (pour administration orale), avec une biocompatibilité améliorée (répartition uniforme dans le contenu intestinal sans formation d’agglomérats) et une surface adsorbante plus développée (représentée non seulement par des microspores, mais aussi par des mésospores et des macrospores). Un tel charbon a le potentiel d’être plus efficace à des doses beaucoup plus faibles. Sa surface d’adsorption peut alors varier entre 2 000 m2/g et 2 700 m2/g et permet un taux d’adsorption élevé.
CHARBON ACTIVÉ, PRÉVENTION ET INTERVENTION EN CAS DE SEPTICÉMIE
En 2023, un article médical a présenté un regain d’intérêt pour le charbon activé capable, y lit-on, de contrôler les taux de toxines dans les états inflammatoires (pensez aux « ites »), et de prévenir ainsi une possible septicémie.
Le charbon activé peut être administré par voie orale, par voie rectale, ou via un système d’hémoperfusion – une technique médicale de purification du sang consistant à faire passer celui-ci à travers un filtre comportant du charbon activé pour éliminer les toxines lors d’intoxication, d’empoisonnement, de septicémie.
Nous nous limiterons dans ce blogue à l’administration orale du charbon.

ADMINISTRATION ORALE DU CHARBON ACTIVÉ
On a recours au charbon activé pour traiter l’inflammation incontrôlée et réduire les niveaux élevés de toxines. L’article signalé affirme que de nombreuses maladies progressent à cause d’une inflammation anormale et déréglée qui conduit souvent à une septicémie et/ou une défaillance d’un ou de plusieurs organes.
Dans des circonstances normales, le système immunitaire déclenche un processus de défense contre les molécules toxiques exogènes et endogènes. Mais lorsque ces toxines sont trop élevées, la réaction immunitaire est excessive, et elle produit des éléments inflammatoires anormaux à l’origine de diverses maladies graves, telles que l’agression auto-immune, l’arthrite, le cancer et la septicémie.
Il est donc important d’avoir une stratégie thérapeutique qui vise à réduire les niveaux élevés de molécules toxiques dans la circulation. Et voilà que, selon la science, le charbon activé est un candidat tout indiqué pour réduire les niveaux de toxines car il va adsorber les agents pathogènes exogènes et endogènes liés à l’inflammation, aux infections, et à la septicémie, agents pathogènes présents dans le sang, le plasma et le suc intestinal.
De nombreux rapports font état d’applications bénéfiques du charbon actif dans des études précliniques, cliniques et des essais cliniques randomisés, et confirment l’efficacité et la sécurité du charbon actif pour atténuer l’inflammation et/ou prévenir et traiter le syndrome du dysfonctionnement de plusieurs organes (dit dysfonctionnement multiviscéral).
LE CHARBON, L’INTESTIN ET LE MICROBIOME
L’intestin, qui est ouvert à l’environnement extérieur, abrite le microbiome qui contient plusieurs fois plus de matériel génétique que le génome humain, et il produit une myriade de métabolites (petites molécules) ainsi que des hormones et des peptides. Cette réalité physiologique révèle le sérieux des interactions entre l’intestin et les reins, le foie et le cerveau dans le cadre des lésions induites par la septicémie dans ces organes. Ces voies d’interaction entre l’intestin et les organes dans divers états pathologiques critiques encouragent les interventions thérapeutiques potentielles grâce à la prise orale de charbon activé.
Le charbon et le traitement de la diarrhée
La diarrhée est associée à une septicémie grave chez des patients adultes souffrant d’iléus (paralysie intestinale temporaire), d’insuffisance rénale aiguë, d’acidose métabolique, d’hypocalcémie, et chez ceux qui reçoivent des stéroïdes.
Il a été démontré que la prise de charbon activé diminuait la concentration des médiateurs pro-inflammatoires, non seulement dans le suc intestinal, mais aussi dans le foie et les reins. Les mécanismes possibles de l’action du charbon activé dans le traitement de la diarrhée sont : l’immunoprotection généralisée, la correction de l’homéostasie (l’équilibre du milieu), le blocage de la réplication des microbes (bactéries, virus, levures).
Le charbon et l’insuffisance rénale
L’insuffisance rénale aiguë associée à la septicémie est une complication fréquente chez les patients gravement malades. La progression de l’insuffisance rénale chronique se caractérise par la rétention dans le sang de déchets toxiques – dont l’urée qui provient de la dégradation des protéines par le foie – et qui doivent être filtrés par les reins puis éliminés dans les urines. On parle alors de toxines urémiques.
Les toxines urémiques peuvent être des petites ou moyennes molécules, mais aussi des composés liés aux protéines. Ces derniers composés sont les plus dangereux car difficiles à éliminer par la dialyse.
Ces toxines urémiques – qui augmentent avec la progression de la maladie – ont un impact sur la composition de la flore intestinale et entraînent un déséquilibre du microbiome (dysbiose intestinale). Cette dysbiose provoque une surproduction de toxines urémiques ce qui a un effet négatif sur le système immunitaire mais aussi sur la paroi intestinale qui devient perméable ou poreuse – et c’est alors le malheureux Leaky Gut syndrome (l’intestin qui fuit) qui survient.
Le charbon activé oral est capable d’adsorber les toxines urémiques présentes dans le sang. Il est aussi capable d’adsorber plusieurs toxines liées aux protéines que la dialyse n’arrive pas à éliminer (indoxylsulfate et p-crésylsulfate).
AMÉLIORATION DE LA BARRIÈRE INTESTINALE PAR LE CHARBON ACTIVÉ
Remarquablement, le charbon est véritablement capable d’améliorer la perméabilité de la barrière intestinale. Celle-ci va alors cesser de laisser passer les toxines dans le sang et ainsi réduire les toxines urémiques. On estime qu’une inflammation systémique, chronique et incontrôlée peut être provoquée par l’intrusion dans le sang de diverses toxines provenant d’un intestin perméable. Plusieurs études ont démontré que l’entérosorption du charbon activé peut restaurer la fonction de la barrière intestinale, réduisant ainsi la fuite des toxines.
Le charbon dans l’insuffisance hépatique
Le foie joue un rôle central dans la physiopathologie de la septicémie, car il régule la défense immunitaire lors d'infections généralisées. Cependant, le foie est également une cible privilégiée des lésions liées à la septicémie, et une dysfonction hépatique altère considérablement le pronostic de la septicémie en unité de soins intensifs. Il a été démontré que l'axe foie-intestin contribue à la pathogenèse de la plupart des maladies hépatiques.
Les modifications du microbiome intestinal, associées à une augmentation de la perméabilité intestinale, elles induisent une accumulation de métabolites et de bactéries d'origine intestinale dans le foie. L'infiltration du foie par des cellules immunitaires réactives entraîne souvent une inflammation chronique du foie, une cirrhose et une défaillance organique.
L’administration orale de charbon activé dans ces problèmes va permettre une diminution marquée des bactéries néfastes (bactéroïdes) dans les selles des humains souffrant de cirrhose.

LE RETOUR EN FORCE DE L’IMPORTANCE DU MICROBIOME
L'intérêt croissant pour le rôle de l’intestin dans les maladies graves et les états pathologiques, tels que la septicémie et le MODS (multi-organ dysfunction syndrome—syndrome de dysfonctionnement multiviscéral), fixe à nouveau l’attention des scientifiques sur le microbiome.
Le microbiome dans la septicémie est profondément perturbé, avec notamment une forte diminution de la diversité, la perte de bactéries hôtes (commensales) et la prolifération de bactéries potentiellement pathogènes. Il a été constaté que le microbiome des patients atteints de septicémie est riche en micro-organismes qui sont étroitement liés à l'inflammation. Les bactéries tissulaires et leurs métabolites reflètent et/ou peuvent contribuer directement au développement de maladies métaboliques.
Dans plusieurs expériences sur des animaux et études cliniques, il a été démontré que le charbon activé administré par voie orale contribue à l'amélioration de la composition du microbiote intestinal affecté dans différents états pathologiques. Cela peut s'expliquer par l'adsorption à large spectre par le charbon activé de certaines parties des toxines dérivées de l'intestin (microbes, bactéries, cytokines fécales, ammoniac, endotoxine, etc.) ainsi que des produits issus de l'interaction du microbiote avec les substances alimentaires (acétaldéhyde, triméthylamine, éthanol, et acides gras libres).
Le charbon activé modifie la texture, les propriétés et le volume des résidus non digérés. Il agit comme des fibres alimentaires non digestibles bénéfiques.
CONCLUSION
La revue présentée ici fournit un bref résumé de l'administration de charbon activé pour le traitement des insuffisances rénales et hépatiques, de la diarrhée, du COVID-19, du sepsis, etc., et démontre son efficacité thérapeutique. Cette efficacité curative confirme l'utilité de l'application de charbon activé pour la prévention du sepsis.
Il est reconnu que le charbon activé permet la restauration et la protection du microbiote, la guérison d’un intestin poreux, la réduction du stress oxydatif, la protection et l'accélération de la restauration de la moelle osseuse, ainsi que la récupération de la structure et de la fonction de l'albumine plasmatique (une protéine dans le sang dont la fonction est de transporter les vitamines, hormones, enzymes, médicaments, bilirubine non conjuguée, etc.), et c’est cela, et plus encore, qui en fait un protecteur du sepsis.
Il est bon d’administrer le charbon activé aussi précocement que possible afin de prévenir/réduire les dommages souvent irréparables causés aux cellules par des niveaux anormaux de molécules pathologiques et associés à des lésions.
De telles connaissances nous invitent à nouveau à considérer le charbon activé comme un traitement d’appoint pour prévenir les infections, la septicémie et/ou la défaillance multiviscérale (de plusieurs organes).
RÉFÉRENCES
Elisaveta Snezhkova et coll., Activated Carbon for Sepsis Prevention and Intervention: A Modern Way of Utilizing Old Therapies, Journal of Carbon Research, C 2023.
Starenkyj Danièle, Mon petit docteur, Orion, 2022.























