• Danièle Starenkyj

LA COVID-19 : UNE EXPÉRIENCE D’ADVERSITÉ DE L’ENFANCE ?

Nos enfants vont retourner à l‘école. Leurs éducateurs seront-il en mesure de répondre à leurs besoins d’enfants exposés depuis plusieurs mois à un confinement que de nombreux spécialistes de l’enfance n’hésitent pas à qualifier de traumatisme ?


Définition du traumatisme


Levine et Kline, par exemple, définissent le traumatisme, quand il est appliqué à des enfants, comme une expérience intense qui choque et accable soudainement un enfant, en lui retirant son sens de sécurité et de contrôle. Nos éducateurs sauront-ils reconnaître l’impact de ce traumatisme qui est aussi caractérisé comme un facteur invisible qui affecte la capacité d’apprentissage d’un enfant, l’empêchant d’être performant et de s'épanouir dans le milieu éducatif ?

Une éducation informée des traumatismes1


Pourront-ils offrir une éducation informée des traumatismes, conscients qu’un cerveau stressé ne peut pas apprendre ? Les recherches sur le cerveau sont convaincantes et révèlent comment la perception du danger affecte le fonctionnement cognitif des enfants. « Des niveaux toxiques de stress au cours de l’enfance peuvent affecter le développement des systèmes de neurorégulation et faire en sorte que ces systèmes, en réponse à un large éventail de facteurs de stress plus tard dans la vie, deviennent trop réactifs pour s'arrêter. » Les traumatismes de l’enfance peuvent affecter différentes parties du cerveau et ainsi troubler, entre autres, l’attention, l’apprentissage, la mémoire, la motivation.


Des approches pour soutenir les enfants traumatisés


La compréhension de l’impact que les traumatismes peuvent avoir sur le développement du cerveau renforce l’importance pour les éducateurs d’utiliser plusieurs techniques qui peuvent créer et encourager un environnement d’apprentissage dans lequel les éducateurs sont plus proches des besoins des enfants, et qui favorise la réussite des élèves.


Créer un environnement sécuritaire


C’est aux éducateurs et aux administrateurs scolaires, de créer une atmosphère qui communique que les écoles sont des lieux sûrs, qu’elles sont accueillantes, ouvertes aux autres, sécurisées, et remplies d’amour. Les enseignants peuvent aider les étudiants à se sentir en sécurité en créant des horaires et des routines conséquentes, en minimisant le nombre de transitions tout au long de la journée, et, chaque fois que possible, en informant les élèves à l’avance de tout changement à venir dans leur horaire. La routine est une importante source de réconfort pour les enfants qui surmontent le bouleversement émotionnel lié aux conséquences d’un traumatisme.

Favoriser la communication et le dialogue


Ce n’est pas parce que les enfants ne parlent pas d’un événement qu’ils n’y pensent pas. Sans informations factuelles, les enfants spéculent afin d’essayer d’expliquer ou de donner un sens au traumatisme.


Il ne faut jamais sous-estimer l’influence que l’on peut avoir en s’enquérant sincèrement du bien-être des enfants avec des questions telles que : « Comment te sens-tu par rapport à ce qui se passe ? » ou « Qu’est-ce que tes amis pensent par rapport à ce qui se passe ? » En posant des questions, l’éducateur arrivera à comprendre la perception que l’enfant a du traumatisme et il aura l’occasion de corriger les idées fausses et de le rassurer. Quand cela est approprié, il faut aider les enfants à exprimer leurs émotions avec des mots. La communication entre pairs par le biais de discussions de groupe sur un sujet donné ou un livre est importante.


Identifier ce que le comportement peut vous dire


Il est indispensable de faire une différence entre l’enfant et son comportement et d’observer et analyser intentionnellement la signification de comportements spécifiques. Les enseignants doivent rester attentifs aux comportements de combat, de fuite ou de gel que les enfants manifestent quand ils sont touchés par un traumatisme, et travailler à la réduction de toutes les expériences déclenchantes en classe.

L’enseignant doit surveiller d’autres symptômes comme la désobéissance, l’hyperactivité (un présumé THDA), des difficultés d’élocution, et un comportement agressif ou de retrait. Les enfants qui souffrent d’un traumatisme peuvent se retirer des jeux de groupe et de leurs amis, rivaliser davantage pour attirer l'attention, développer la peur d’aller à l’école, se sentir incapables de fonctionner sur le plan académique, devenir agressifs ou avoir de la difficulté à se concentrer.


Une nouvelle réalité


Une nouvelle réalité émerge aussitôt que les éducateurs considèrent le comportement comme une forme de communication. Les élèves qui refusent de faire leurs devoirs sont souvent classés comme « irrespectueux » ou « désobéissants » mais cela peut être un indice qu’ils se sentent incapables de communiquer leur incapacité de faire face au traumatisme. Cette incapacité peut aussi s’exprimer par des sentiments d’insuffisance, la peur d’échouer, un sentiment écrasant de surcharge, ou se manifester par des luttes contre les pensées négatives et les voix intérieures, ou le besoin de pauses fréquentes.


Responsabiliser les élèves par le choix


Un puissant moyen de combattre les pensées négatives qui accompagnent si souvent un traumatisme est la reconnaissance des domaines de compétence des élèves. Quand un élève pense négativement, les moments négatifs ont tendance à l’emporter sur les moments positifs. Les éducateurs doivent contrecarrer cet effet avec des expériences positives en donnant quotidiennement à un élève l’occasion de se sentir compétent.  Pour aider les étudiants à se sentir responsabilisés, on peut leur fournir de nombreuses occasions de faire des choix comme choisir leur siège, le livre à lire, etc.


Un défi à relever absolument


Il se peut que les éducateurs ne comprennent jamais pleinement ce que les enfants vivent et comment ils traitent les événements qui les entourent. Cependant, si l’on continue à les entourer d’amour et de compassion, nous serons tous en meilleure position pour nous assurer que chaque enfant fait l’expérience de soins adaptés et de protection bienveillante dans son milieu scolaire. Le défi à relever dans l’après-COVID-19 est énorme mais il doit absolument être relevé dans le domaine de l’éducation. Il en va de l’avenir de notre société.


©2020 Danièle Starenkyj

1. Article inspiré de Davenia J. Lea, Supporting the Learning, Growth and Success of Our Students in the Face of Trauma, Journal of Adventist Education 82 :2 (avril-juin 2020).

2. Peter A. Levine, Maggie Kline, Trauma Through a Child’s Eyes: Awakening the Ordinary Miracle of Healing, North Atlantic Books, 2018.

3. Jason A. Haap, The Private Logic Behind a trauma -informed Mindset, Trauma-informed Teaching and Leading in Action, 15 :15, 9 avril 2020.

4. Nadine Burke Harris, How Childhood Trauma Affects Health Across a Lifetime (15 septembre 2014). Conférence TED : https://www.ted.com/talks/nadine_burke_harris_how_childhood_trauma_affects_health_across_a_lifetime?language=en.



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