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L’OSTÉOPOROSE DES EXPLORATEURS DE L’ESPACE : UN MODÈLE POUR L’OSTÉOPOROSE DES TERRIENS ?

  • Danièle Starenkyj
  • il y a 8 minutes
  • 5 min de lecture

Alors qu’en 2026 une nouvelle course à l’espace s’annonce, la BIOMÉDECINE SPATIALE se penche sur la santé des astronautes.


Pourquoi ? Pour concevoir des solutions transposables sur terre et transférer ses découvertes et innovations à la santé des terriens.


En effet, aller dans l’espace en microgravité, ou apesanteur, a des effets réels et mesurables sur l’organisme humain.


L’ASTRONAUTE, UNE PERSONNE EN HYPERSÉDENTARITÉ


Qui ne se souvient pas de ces premières images d’astronautes flottant dans leur vaisseau spatial ?

Disons-le d’emblée, la faible gravité dans l’espace prive l’astronaute des effets bénéfiques de la pesanteur à laquelle les terriens sont naturellement exposés -- et qui leur permet de rester les pieds sur terre !


Mais selon la biomédecine spatiale, la sédentarité extrême (ou hypersédentarité) des astronautes est un modèle de VIEILLISSEMENT accéléré. C’est pourquoi des expériences d’alitement prolongé sont en cours dans 14 cliniques spatiales en Europe. Elles sont destinées à simuler l’état d’apesanteur rencontré dans l’espace. Ainsi les participants vivent pendant deux mois, 24 heures sur 24, allongés sur un lit incliné de quelques degrés vers la tête (pour reproduire, comme pour les astronautes, un afflux de sang dans la partie supérieure du corps).


Ce que nous retenons de telles expériences c’est que l’étude des conséquences physiologiques de ces conditions particulières dans l’espace permet de tester l’impact d’interventions préventives mais aussi correctives pour les astronautes. Et leur but est de concevoir des solutions transposables sur terre et d’appliquer celles qui fonctionnent à la question du vieillissement en bonne santé au quotidien des terriens.


LES EFFETS DE L’APESANTEUR SUR LES ASTRONAUTES


En l’absence de pesanteur, les astronautes ont une fonte musculaire, une perte osseuse, un affaiblissement du système immunitaire, des anomalies métaboliques comme le diabète, mais aussi cardiovasculaires, des troubles sensoriels (troubles de la vision) et du sommeil, entre autres.


1. Réaction des muscles dans l’espace


Les muscles subissent très peu de contractions. Ils connaissent donc un affaiblissement et une détérioration. On parle d’atrophie musculaire. Un vol dans l’espace de 5 à 11 jours entraîne une diminution de la masse musculaire de jusqu’à 20 %. N’oublions pas l’équation perte de la masse musculaire = perte de force.


Les astronautes doivent faire à l’aide d’appareils très sophistiqués 2h ½ d’exercices intensifs chaque jour. On pense aussi à utiliser l’électrostimulation musculaire pour maintenir la force et la masse musculaire.


2. Réaction des os dans l’espace


On enregistre dans l’espace une perte osseuse de 1 à 2 % par mois. On parle d’ostéoporose accélérée alors que sur terre la perte osseuse est de 1 % par an. En effet, la pesanteur applique une charge mécanique constante sur le squelette et les os conservent une densité qui permet de soutenir le corps. Les os se remodèlent en fonction des contraintes subies. Ils s’affaiblissent quand on ne s’en sert pas. Il faut donc les stimuler mécaniquement pour en restaurer la densité.


Les exercices dans l’espace pour les articulations portantes ralentissent mais ne règlent pas le problème. Les astronautes cherchent à reproduire les effets de la marche en faisant du tapis roulant.



3. Effets des rayonnements sur le corps humain


On parle de modification ou de bris des molécules d’ADN pouvant entraîner des cataractes, des risques accrus de cancer, de la stérilité. Les gènes ayant subis une mutation peuvent sauter une génération et se manifester chez les descendants de la personne exposée. Les recherches actuelles visent à trouver des moyens de prévention pour les astronautes et à les appliquer dans la prévention des effets secondaires de la radiothérapie des tumeurs chez les terriens.


4. Effets généraux de l’apesanteur sur le corps


Le sang ne circule pas normalement, ce qui participe à la dégradation des os. Au niveau du cœur on relève des arythmies. Des caillots se forment. Le taux de cancers augmente ainsi que celui des maladies cardiovasculaires. Il y a une redistribution des fluides corporels avec pression sur les yeux et le visage. La vision peut être endommagée. Le microbiote est modifié. Il y a des dommages aux reins : La diminution de la masse osseuse déclenche une élévation des niveaux de calcium dans le sang et peut produire des pierres sur les reins – des astronautes à leur retour sur terre peuvent avoir besoin de dialyse.


On parle aussi d’effets esthétiques : Il y a perte de la couche calleuse sous les pieds. Les astronautes reviennent avec des pieds de bébé (babyfeet). Les pieds privés de pression et de leur couche calleuse, lors du retour sur terre sont très douloureux et la marche est extrêmement inconfortable. On relève des vertiges importants, la perturbation du système d’équilibre, et un risque de chute. Il va falloir des semaines et même des mois pour que l’épiderme des pieds durcisse à nouveau.


On observe aussi une pâleur de la peau, une détérioration du cuir chevelu, et le grisonnement des cheveux.

(Évidemment, plus le séjour dans l’espace est long, plus les effets de l’apesanteur sont marqués. Nous pensons aux astronautes Butch Wilmore et Suni Williams coincés dans la Station Spatiale Internationale (ISS) pendant neuf mois dans l’espace. Ils devaient partir pour huit jours. Leur retour a eu lieu en mars 2025.)


5. EFFETS SUR LA SANTÉ MENTALE DES ASTRONAUTES


Impossible de les ignorer. Pensons aux effets du confinement pendant la Covid-19. Transposons-les sur l’esprit de 2, 3, ou 4 personnes dans une capsule spatiale pendant des jours, des mois,


deux années … (temps prévu pour atteindre Mars). Le stress associé à l’isolement, au confinement et à la grande charge de travail peut mener à des symptômes dépressifs, des troubles du sommeil ainsi que des tensions interpersonnelles. Séparation des proches mais aussi du reste de l’humanité. Vie et charge de travail colossale dans un environnement clos sans possibilité de prendre l’air. Absence de vie privée, proximité, monotonie sociale. Même très entraînés, les astronautes souffrent, et ils ont besoin de soutien psychologique.



COMMENT PROTÉGER SON SQUELETTE ?


Qui ne se souvient pas de ces images montrant des astronautes revenant sur terre dans des coquilles dans lesquelles ils osent à peine à remuer le petit doigt ? Pourtant, ce sont des hommes dans la quarantaine et ce ne sont pas des femmes à la ménopause ! Ils font une grave ostéoporose à la suite d’un voyage de 6 mois en apesanteur.


La science nous dit que le fait de frapper le sol du pied pendant la marche produit la fabrication de l’os par activation des ostéoblastes, ces cellules osseuses qui permettent cette fabrication.


Plus encore, les ostéoclastes, cellules qui détruisent l’os, voient leur activité diminuée par la marche.

Une demi-heure de marche trois fois par semaine permet :


la diminution de la destruction de l’os ;

l’augmentation de la fabrication d’os ;

et favorise une meilleur absorption du calcium au niveau intestinal.


Au début de l’aventure intersidérale, l’entraînement des astronautes comprenait de sauter à la corde.

5 minutes de corde à sauter ont le même effet sur l’os que 30 minutes de marche.


Facile à intégrer dans une routine de terrien !


Descendre les escaliers en frappant volontairement la plante du pied sur chaque marche active également et puissamment les ostéoblastes, et paralyse les ostéoclastes.


CONCLUSION


Sur terre, les humains passent de plus en plus de temps devant des écrans et cela dès leur jeune âge (on offre des tablettes à des bambins). Alors que deux heures par jour devraient être un maximum, ils y passent 8 heures et plus, facilement.


Le nouveau style de vie est de bouger le moins possible : escaliers roulant, ascenseurs, chaises et fauteuils à roulettes, écrans, écrans, écrans, etc., etc.


La sédentarité est la plaie de notre troisième millénaire car elle se présente avec les maladies chroniques qui touchent près de la moitié des adultes au Canada (hypertension, maladie cardiaque, diabète, ostéoporose, etc.)

Retrouvons le bonheur de la locomotion. Car en marchant on peut aller au bout du monde, au bout de ses rêves, mais aussi, et surtout, aller vers les autres et éviter les états dépressifs découlant de l’isolement, du confinement, de la solitude.

© Danièle Starenkyj, 2026.

RÉFÉRENCES

1. Guillemette Gauquelin-Koch et coll., L’espace au service de la santé / Space for health, Bulletin de l’Académie Nationale de Médecine, 2025.

2. L’espace au service de la santé, Fondation pour la Recherche Médicale, Paris, France.

3. Agence spatiale canadienne, www.asc-csa.gc.ca.

 
 
 
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