• Danièle Starenkyj

HYPOGLYCÉMIE ET HYPERINSULINÉMIE -- LE MAL DU SUCRE TOUJOURS D’ACTUALITÉ

Au début du 20e siècle, en 1924, le Dr Seale Harris a décrit une maladie qui présente les symptômes d’une trop forte dose d’insuline : état de choc, étourdissements, nervosité, sueurs froides, irritabilité, tremblements, anxiété, perte de conscience. Nous l’avons appelée LE MAL DU SUCRE©.


Pourquoi ? Ce médecin découvre que le pancréas peut être hypersensible et hyperréactif au SUCRE et à la farine BLANCHE. Il réagit ainsi à l’ingestion de ces produits raffinés totalement dépourvus de fibres par un EXCÈS d’insuline, hormone sécrétée par le pancréas.


On reconnaît à cette époque que l’insuline a deux rôles principaux :


→ Premièrement, elle est lipogénétique, soit, elle fabrique des graisses. La consommation excessive de sucre est désormais reconnue comme un facteur de risque clé pour l'obésité, le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires qui ont pour toile de fond, l’excès de graisses et de gras.


→ Deuxièmement, elle est hypoglycémiante, soit elle abaisse le taux de sucre (glucose) dans le sang. Le patricien expérimenté suspecte immédiatement l’hypoglycémie en présence de trois symptômes cardinaux : l’anxiété ; le besoin incontrôlable et constant de manger même au milieu de la nuit (2 heures du matin) ; et un changement périodique, cyclique ou soudain de personnalité.


Sans nullement nier ces deux rôles, au 21e siècle, on en ajoute avec inquiétude, un troisième :


→ L'insuline est également un facteur de croissance ayant un effet mitogène (substance qui stimule la prolifération cellulaire) sur toutes les cellules, mais plus marqué encore dans les cellules malignes qui surexpriment souvent le récepteur à l’insuline. Et l’on signale maintenant que chez les patients atteints d’obésité, de diabète de type 2 et du syndrome métabolique, l'incidence de plusieurs types de cancer est accrue, de même que la mortalité liée au cancer (1).


On va jusqu’à déclarer que « en raison de la prévalence mondiale croissante des maladies métaboliques et de l'utilisation diffuse de l'insuline et de ses analogues (2) * pour traiter le diabète, la relation entre l'insuline et le cancer est devenue une question d'intérêt clinique. »


LE SUCRE… QUELS SUCRES ?


Fondamentalement, aujourd’hui, on reconnaît que la consommation de sucres et de céréales raffinées est à la base de l’hyperinsulinémie qui cause directement l’hypoglycémie, mais aussi les maladies métaboliques (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires), et des cancers. Ces derniers seraient causés non seulement par le biais de l'obésité, mais aussi par des mécanismes inflammatoires et oxydatifs chroniques, des déséquilibres hormonaux et par la résistance à l'insuline, même en l'absence de prise de poids.


Plusieurs études ont étudié quels sont les sucres les plus susceptibles de causer tous ces problèmes.


Voici leurs conclusions :


1. Les sucres liquides


• L'incidence du cancer était plus élevée pour chaque augmentation de 5 g/jour de la consommation de sucres liquides.


• La mortalité par cancer et la mortalité toutes causes confondues augmentaient dans une mesure similaire avec la consommation de tous les sucres sous forme liquide (boissons énergisantes, jus, sodas, alcool, etc.)


• Cela suggère que les boissons sucrées sont un facteur de risque modifiable de cancer et de mortalité toutes causes confondues.

2. Les sucres ajoutés


• Des associations significatives avec le risque de cancer ont également été observées pour les sucres ajoutés, les sucres libres, le saccharose, les sucres des desserts lactés, les produits laitiers et les boissons sucrées.


• Cette étude conclut : « Ces résultats suggèrent que les sucres peuvent représenter un facteur de risque modifiable pour la prévention du cancer (du sein en particulier, du côlon, du pancréas, de la prostate), contribuant au débat actuel sur la mise en œuvre de la taxation du sucre, de la réglementation du marketing et d'autres politiques liées au sucre. »


3. Les boissons édulcorées artificiellement


• L'activation des voies de l'insuline favorise la croissance tumorale et aggrave la survie du cancer du sein. Ainsi, les boissons sucrées et les boissons édulcorées artificiellement peuvent conduire à un risque plus élevé de résistance à l'insuline et peuvent affecter la survie des femmes atteintes d'un cancer du sein. 


4. Les sucres naturels


• Dans une étude, on a comparé les réponses métaboliques à l'ingestion chronique de sucres raffinés et de divers édulcorants naturels chez des rats obèses ayant suivi un régime alimentaire régime riche en graisses et en saccharose pendant 8 semaines puis gavés quotidiennement avec une solution contenant 1 g de glucides totaux provenant de sucre raffiné (saccharose ou fructose) ou avec des sources différentes de sucre naturel.


• La consommation de fructose et d'édulcorants naturels, mais pas de sirop de maïs, a été associée à une moindre résistance à l'insuline.


• L’étude conclut que les édulcorants naturels, et en particulier le sirop d'érable, la mélasse (blackstrap, dite verte en français) et le sirop d'agave, atténuent le développement de la résistance à l'insuline et de l'inflammation hépatique.


• Une autre étude a établi que la consommation de sucre naturel (présent dans les aliments -- fruits frais et fruits secs -- et non ajouté comme ingrédient) n'a pas été associée au risque de mortalité après un diagnostic de cancer du sein.


• Les glucides provenant de légumes ont été significativement associés à un risque plus faible de mortalité toutes causes confondues.


ALIMENTS DÉCLENCHEURS D’INSULINE

Le Dr Élisabeth Colmant, endocrinologue nutritionniste, a relevé 4 substances, autres que le sucre, qui provoquent de fortes décharges d’insuline.


La caféine


«La prise de caféine associée à un repas induit une glycémie de 21 % et une insulinémie de 48 % supérieures à celles du groupe ayant reçu un placebo. »


Le cacao


« Certaines barres chocolatées ont des II de 50 à 60 % supérieurs à l’IG. Certains composants du cacao dont la caféine (et à déterminer : théobromine, acides gras de type cannabinoïde, sérotonine, phényléthylamine) ont un effet insulinogénique manifeste. »


Le lait


« Le lait est un stimulant puissant de la sécrétion d’insuline. La réponse insulinique observée est environ 5 fois supérieure à celle qu’on pouvait anticiper d’après la réponse glycémique. »


Le glutamate monosodique


Cet additif alimentaire très répandu dans les aliments préparés et les menus de restauration rapide triple la quantité d’insuline que le pancréas sécrète et cause l’obésité chez les rats de laboratoire. Il est dit qu’ajouté aux aliments, il provoque un effet de dépendance et force à manger davantage.


ALIMENTS MODÉRATEURS DE L’INSULINE


La consommation de céréales complètes conduit à :


• une glycémie post-prandiale moins élevée chez tous les patients ;


• pour les patients avec une hyperinsulinémie à jeun, elle conduit à une réponse insulinique beaucoup plus faible qu’avec des céréales raffinées (privées de leurs fibres et d’une bonne partie de leurs minéraux). (Voir les recettes dans LE MAL DU SUCRE)


CONCLUSION


→ Le cancer reste un défi majeur de santé publique dans le monde, non seulement parce qu'il est la deuxième cause de décès, mais aussi parce qu’il est prévu que le nombre de cas augmentera au cours des prochaines décennies.


→ Parallèlement, la consommation de boissons sucrées a augmenté depuis le siècle dernier et constitue une fraction considérable des sucres ajoutés dans l'alimentation quotidienne.


→ Ainsi, le mal du sucre© est toujours d’actualité mais plus sournois et malheureux que jamais. Car maintenant non seulement, il continue à donner l’envie de mourir (hypoglycémie) mais on peut aussi en mourir (hyperinsulinémie).


©2022 Danièle Starenkyj


* « Au cours des trois dernières décennies, de nombreux analogues de l'insuline ont été produits afin de fournir des options efficaces pour le traitement du diabète. La découverte précoce que l'insuline X10 avait des propriétés mitogènes accrues a mis en évidence la nécessité d'être conscient de la possibilité d'introduire des propriétés mitogènes indésirables dans les analogues nouvellement conçus (2). »


RÉFÉRENCES

1. R. Vigneri et coll., Rethinking the Relationship between Insulin and Cancer, Trends Endocrinol Metab, 2020.

2. Shee Chee Ong et coll., Minimizing Mitogenic Potency of Insulin Analogues Through Modification of a Disulfide Bond, Front. Endocrinol., juin 2022.

3. Juan C Laguna et coll., Simple sugar intake and cancer incidence, cancer mortality and all-cause mortality: A cohort study from the PREDIMED trial, Clin Nutr, 2021.

4. Charlotte Debras  et coll., Total and added sugar intakes, sugar types, and cancer risk: results from the prospective NutriNet-Santé cohort, Am J Clin Nutr, 2020.

5. Maryam S Farvid et coll., Consumption of sugar-sweetened and artificially sweetened beverages and breast cancer survival, Cancer 2021.

6. Marjorie L McCullough et coll., Sugar- and Artificially-Sweetened Beverages and Cancer Mortality in a Large U.S. Prospective Cohort, Cancer Epidemiol Biomarkers Prev, 2022.

7. Carmen Arroyo-Quiroz et coll., Sugar-Sweetened Beverages and Cancer Risk: A Narrative Review, Nutr Cancer, 2022.

8. Marion Valle et coll., Differential Effects of Chronic Ingestion of Refined Sugars versus Natural Sweeteners on Insulin Resistance and Hepatic Steatosis in a Rat Model of Diet-Induced Obesity, Nutrients, 2020.

9. É. Colmant, ENFIN MINCE, Orion, 2010, épuisé.

10. D. Starenkyj, LE MAL DU SUCRE, principes de survie et recettes, 90e mille, Orion, 2020.





















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