© 2017, crée par Chantale Coulombe

LE PIMBINA : UN PETIT FRUIT INDIEN DE GRANDE VALEUR

 

C’est dans le comté de Bellechasse que j’ai découvert ce petit fruit. Nous en avions tout un bosquet derrière la maison. Au printemps, ces arbustes se couvraient de fleurs blanches et à l’automne de baies rouge vif. Parfaitement rondes, luisantes, c’était un bonheur de les voir briller sous la caresse encore chaude du soleil. Les oiseaux – merles d’Amérique (rouges-gorges) et geais bleus s’en régalaient, et lors des premiers froids, le tableau était saisissant : baies rouges en grappes, maintenant glacées, garnies de neige, pendant au bout de rameaux brun foncé, picorées par des oiseaux colorés…

C’est ma belle-mère ukrainienne qui m’a fait connaître la grande valeur de ces petits arbres. Venue nous visiter dans notre nouvelle demeure à la campagne, elle s’exclama : « Quel privilège d’en avoir tant si près de chez vous ! Ils sont gages de prospérité et de santé. » Elle me raconta alors combien ces arbustes dans son pays à l’hiver rigoureux et à la saison estivale si courte, sont vénérés pour leurs fruits juteux et acidulés.

 

Je fis alors quelques recherches à ce sujet mais les documents furent plutôt rares. PIMBINA est le nom algonquin de cette baie. En Europe, on la nomme viorne trilobée et on la retrouve en abondance dans les pays scandinaves et les pays slaves. Au Canada, ces arbustes poussent du Labrador à la Colombie-Britannique. En Alaska, ils croissent dans les forêts boréales et montagneuses. 

 

UN PETT FRUIT INDIGÈNE PAR EXCELLENCE

 

Les Amérindiens de toutes les peuplades considéraient avec respect ce petit fruit et lui accordaient un prestige particulier : chez certains Amérindiens, seules les personnes de haut rang avaient le droit de les cueillir sur des propriétés leur appartenant exclusivement et qu’ils transmettaient de génération en génération ; chez d’autres nations, le pimbina faisait partie des échanges commerciaux ou constituaient un cadeau de grande valeur, et un mets de fête prisé. 

 

Dans leur économie de troc, conservés dans de grandes boîtes de cèdre, ces petits fruits valaient deux paires de couvertures ! Nos aïeules québécoises suspendaient les grappes de pimbina aux poutres de leur caveau à racinages et, pendant une bonne partie de l’hiver, elles en fabriquaient des tartes et des gelées savoureuses. Je me souviens d’un octogénaire près de chez nous à St-Nérée, qui déclarait avec fierté qu’il devait sa force phénoménale à sa grande consommation de pimbina. D’autres vieux affirment avoir mangé ces baies avec de la mélasse « à vache », dite aujourd’hui mélasse verte (blackstrap en anglais).

 

Je ne suis pas sucre… Et je n’aime pas les choses compliquées. J’ai donc pensé à faire faire sécher des grappes de pimbina. Les baies sont devenues dures comme de petits cailloux. Je les ai pulvérisées dans un petit moulin à café électrique. J’ai infusé de la poudre de pimbina (peau et noyau compris) dans de l’eau bouillante et j’ai bu une délicieuse tisane rose, toute naturelle, 100 % d’ici -- écolo, bio, équitable ! La tisane de pimbina est rapidement devenue notre tisane favorite. Je possède encore un plein pot de ces baies séchées. Elles sont toujours aussi réconfortantes.

 

On possède peu d’études ayant analysé la valeur nutritive de cette baie rouge, mais ici et là on peut trouver ces informations :

 

Le pimbina offre :

 

* une haute teneur en vitamines C et B
* des antioxydants très puissants
* des prébiotiques (peau et noyau riches en fibres)
* des acides gras bénéfiques
* des substances énergétiques -- Des ornithologues rapportent que les merles d’Amérique, plutôt carnassiers, se détournent des protéines animales pour, à l’automne, se gaver de ces fruits riches en hydrates de carbone et en tirer l’énergie nécessaire au long voyage migratoire vers le Sud --
* une excellente pectine 

 

J’aspire à ce jour où l’on découvrira toute la richesse nutritive unique de ce petit fruit indigène. On pourra alors le remettre à l’honneur. Comme pendant des siècles, il protégera à nouveau les populations nordiques des ravages du scorbut clinique et subclinique. Comme nous l’indiquent des études préliminaires sur d’autres petits fruits -- dont la camerise (ou chèvrefeuille bleu de la famille des caprifoliacées dont fait partie la viorne trilobée ou pimbina) -- le pimbina pourra être utile pour abaisser les taux de cholestérol et triglycérides élevés et prévenir ou renverser les maladies qui y sont associées : maladies cardiovasculaires, diabète, hypertension.

En cet automne flamboyant, promenez-vous le long des fossés et si vous trouvez du pimbina, goûtez-y ! Vous recevrez une injection incroyable d’antioxydants. (La capacité d’absorption des radicaux oxygénés – ORAC – de la camerise est de 13 400 comparativement à 9500 pour la canneberge, et on soupçonne que le pimbina a un ORAC aussi élevé, si pas plus élevé.) Plantez des arbustes de viorne trilobée chez vous. Vous embellirez à coup sûr un coin de votre jardin. Puis, ne manquez pas d’en récolter les baies pour les savourer nature ou glacées (elles sont alors plus sucrées), ou pour en tirer une tisane hors norme ! 

 

©2019 Danièle Starenkyj

Turner J.N., Szczawinski A.F., Fruits et noix comestibles du Canada, Musée national des sciences naturelles, Musées nationaux du Canada, 1981.

 

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