• Danièle Starenkyj

LE VER D’OREILLE OU LA FIXITÉ CÉRÉBRALE

Un phénomène bizarre et agaçant a été décrit, il y a quelques années, par James Kellaris de l’Université de Cincinnati. Scientifique, instrumentaliste (mandoline) et compositeur de musique classique contemporaine, Kellaris a fasciné le monde entier par ses études de ver d’oreille.


DE QUOI S’AGIT-IL ?


Le ver d’oreille est la fixation dans notre esprit d’un air qui se répète à l’infini un peu à la manière d’un disque cassé : les mêmes quelques notes et les mêmes quelques paroles reviennent sans arrêt et d’une manière obsédante au point qu’il soit difficile de s’en débarrasser. Quoiqu’on fasse ou pense, le petit bout de chanson joue dans notre tête et semble narguer notre bon sens. Kelaris a donné quelques faits intéressants à ce sujet :


→ Les enquêtes indiquent que plus de 85 % des personnes en font l'expérience au moins une fois par semaine ;

→ des auteurs appellent cela un « processus coercitif » pathologique, le comparant à un tic et établissant des parallèles avec l'autisme, le syndrome de Tourette et les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ;

→ le ver d'oreille est un phénomène moderne, car la technologie (par exemple, les lecteurs de musique portables, les écouteurs) a rendu la musique facilement accessible. C’est cette disponibilité de la musique (chansons) qui est associée à son caractère intrusif ;

→ les femmes en souffrent plus que les hommes et en ressentent plus d’irritation et de frustration ;

→les individus qui, dans leur milieu de travail, sont constamment exposés à une musique de fond deviennent des proies faciles.

LE CERVEAU VULNÉRABLE


Son fixe. Image fixe. Idée fixe. La fixité cérébrale, tout comme la fixité auditive, est une infirmité qui résulte d’un cerveau qui n’a pas la souplesse voulue pour assimiler puis, si nécessaire, éliminer les informations qu’il reçoit. Il est alors facile de répéter : « Je vais mourir… il va me quitter… je ne garderai pas mon emploi » au point que ces bouts de phrases forment la trame et la chaîne de préoccupations qui nous empêchent de manger, de dormir, de se défendre et d’avoir confiance dans la vie.

Que se passe-t-il ? Nous devons réaliser que nos pensées sont le résultat de l’activité biologique de notre cerveau. La qualité de nos activités cérébrales dépend directement de l’alimentation constante de cet organe en une foule de nutriments essentiels.


Le cerveau qui ne pèse que 2% du poids total du corps utilise néanmoins 15% du sang que le cœur pompe au repos, 20% de l’oxygène du corps entier en période de calme et 70% du glucose en tout temps. Composé de 85% d’eau, il utilise aussi 20% de l’eau totale.


Ces chiffres démontrent que le cerveau est un organe extrêmement vulnérable car ses besoins en oxygène, en eau et en glucose sont énormes et il ne peut en faire de réserves. Une alimentation déséquilibrée trop riche en sucres raffinés et en graisses animales ou végétales, va automatiquement altérer les fonctions de cet organe -- soit l’intelligence, le caractère, la conscience, la spiritualité, la sensibilité, la capacité d’aimer, et bien sûr, celle d’être rationnel et de baser son jugement sur la réalité présente -- et non sur un passé qui est passé ou un avenir qui n’est pas encore là.


UNE NUTRITION CÉRÉBRALE SANTÉ


Ainsi lorsque l’on veut dire adieu aux soucis, aux tracas et aux idées fixes qui, semblables à des vers, rongent notre vitalité au point de nous ôter tout goût de vivre, il faut d’abord :


→rectifier un régime de vie sédentaire qui ne permet pas une oxygénation maximale de notre cerveau ;

→puis il faut modifier un régime alimentaire trop riche en sucres et en céréales raffinées qui impose toujours au cerveau une hypoglycémie chronique, soit une carence en glucose, le combustible naturel et de choix des cellules cérébrales, ce phénomène imposant à nos pensées un état d’anxiété souvent profonde ;

→et il faut aussi réduire sensiblement dans l’alimentation l’apport total en graisses, celles-ci ayant un effet paralysant sur la microcirculation sanguine cérébrale créant automatiquement un état de passivité, de négativisme et de dépression caractérisé par des appréhensions, des peurs, une perte du courage et bien sûr, une rumination constante de pensées noires.


UNE CONVERSATION HONNÊTE


Il est également extrêmement important de dire tout haut ce qui nous préoccupe et nous mine. Oui, il faut en parler à quelqu’un qui nous aime assez pour nous écouter sincèrement. Le Dr Archibald Hart, s’adressant aux hommes, affirme que l’esprit fixe ce qu’il ne peut exprimer. Très souvent le simple fait de dire tout haut ce qui nous tourmente tout bas dissipe la préoccupation, car s’entendre verbaliser : « Ma mère me déteste » ou « Je suis ruiné » nous permet de réaliser le manque de fondement ou l’inexactitude de telles déclarations. La parole, très souvent, est l’antidote le plus sûr de la pensée négative. Dire ses peurs, exposer ses craintes, décrire ses angoisses, prier ses chagrins, c’est commencer à en guérir.

UNE RÉSISTANCE ORGANISÉE


Pour dire adieu à tous ces bouts de phrases ruminés et qui nous maintiennent dans une forme d’esclavage envers nous-même, il nous faut développer une résistance organisée. Il nous faut d’autres phrases qui viendront contrer celles qui forment la base de nos préoccupations. Ces phrases, selon notre culture ou notre foi, seront puisées dans les proverbes et les dictons de notre langue ou dans la Bible, et on les utilisera à haute voix pour convaincre notre esprit d’espérer.


Vous vous inquiétez pour votre vieux père ou votre vieille mère malade ? Allons ! « Ce n’est pas la tasse fêlée qui casse », dit le proverbe martiniquais. Et le proverbe allemand affirme : « Une porte qui grince peut durer longtemps sur ses charnières ».


Vous êtes malheureux (se) pour vos enfants qui ne vous parlent plus, qui sont au loin et ne donnent pas de nouvelles, ou qui sont près mais vous ignorent complètement ? Écoutez… cette extraordinaire promesse : « Ne gémis plus, arrête de pleurer ! (…) Il y a de l’espoir pour ton avenir. Tes enfants reviendront sur leur territoire. »


Nutrition saine. Conversation honnête. Résistance organisée. Trois outils efficaces pour débarrasser nos oreilles et notre esprit des vers qui peuvent les paralyser et les enliser dans des pensées répétitives et à coup sûr, stériles.


Danièle Starenlyj, © 2021


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