• Danièle Starenkyj

LE FRUIT DE LA ROSE : UNE MERVEILLE IMMÉMORIALE

Mon premier souvenir de ce fruit rouge orangé est lié à des pots de confiture sur une étagère de l’épicerie du coin, en Alsace où je suis née. Je vois encore écrit en allemand sur l’étiquette « Hagebutten-Konfitüre ». Cherchant à comprendre de quoi il s’agissait, j’appris la puissance de ce fruit, le cynorhodon (en français), qui a sauvé les peuples européens du scorbut pendant la Deuxième Guerre mondiale.


Mon deuxième souvenir, qui m’a ramené au premier, ce sont ces magnifiques arbustes de roses sauvages autour des dunes de sable en bord du fleuve St-Laurent dans Charlevoix. Le parfum suave des églantines et la douceur acidulée de leurs fruits pulpeux ont réveillé en moi une tendre nostalgie.


LE CYNORHODON, VIEUX COMME LE MONDE


C’est alors que mes recherches sur ce fruit m’ont amenée à faire, par mes lectures, le tour du monde. Partout, en Europe, en Asie, au Moyen Orient, en Afrique du Nord, et en Amérique, le fruit de la rose sauvage fait partie de la pharmacopée populaire. Les peuples nordiques d’Europe lui vouent une admiration et un respect énormes. Pour les Premières Nations et les Inuits de l’Alaska, du Yukon, du Nunavik et du Nunavut, les fruits que donne cet arbuste millénaire sont considérés comme une nourriture d’urgence, de survie. Mélangés au pemmican (viande séchée et graisse animale), ces baies séchées enrichissent ce mets avec la vitamine C indispensable à la santé, l’endurance, et l’équilibre mental de ces nations fières et, autrefois, autosuffisantes. (Aujourd’hui, on le sait, 3 cynorrhodons fournissent autant de vitamine C qu’une orange).

UNE MÉDECINE TRADITIONNELLE


Depuis des millénaires, et dans de très nombreux pays, le fruit de l’églantier figure comme un remède efficace pour traiter les calculs rénaux, les affections gastro-entériques, l'hypertension et les problèmes respiratoires tels que la bronchite, la toux et le rhume. On appelle cela de l’ethnomédecine, soit une médecine qui se rapporte aux méthodes ancestrales et traditionnelles utilisées par certaines ethnies.


ANALYSE BIOCHIMIQUE


La science a isolé et identifié environ 129 composés chimiques à partir du cynorrhodon. Il s’agit de composants actifs majeurs tels que les flavonoïdes, les tanins, l'anthocyanine, les composés phénoliques, les acides gras essentiels, les acides organiques et les composés inorganiques.


ACTIVITÉS BIOLOGIQUES


Des études scientifiques ont établi que ces composants actifs du fruit de la rose sauvage ont des activités antioxydantes, anti-inflammatoires, anti-obésité, anticancéreuses, protectrices du foie, des reins, et du cœur, antivieillissement, anti-Helicobacter pylori, protectrices des neurones et inhibitrices de la douleur (antinociceptives). En particulier, la poudre et l'extrait du fruit de la rose sauvage ont été signalés comme exerçant des effets thérapeutiques sur l'arthrite.


CONFIRMÉS PAR DES ÉTUDES PHARMACOLOGIQUES PRÉCLINIQUES


Ce n’est certes pas un secret : les produits naturels végétaux ont toujours été une source abondante de nouveaux composés médicaux. Il ne faut donc pas être trop surpris que certaines des indications ethnomédicales du cynorrhodon, telles que ses actions protectrices des reins et protectrices de l’estomac, aient été confirmées récemment par des études pharmacologiques précliniques.

RÉSULTATS DE QUELQUES ÉTUDES RÉCENTES


1. Le cynorrhodon alimentaire exerce des effets antiathérosclérotiques et augmente la dilatation médiée par l'oxyde nitrique chez des souris ApoE nulles (sujettes à l’athérosclérose)


→ Le cynorhodon a réduit le cholestérol plasmatique. La pression artérielle et les plaques d'athérome, ainsi que les taux de LDL oxydés, de cholestérol total et de fibrinogène étaient nettement réduits dans le groupe consommant du fruit de l’églantier en poudre pendant 24 semaines. L'ensemble de ces résultats suggère que le cynorrhodon est un complément alimentaire approprié pour prévenir la formation de plaques d'athérosclérose en modulant la pression artérielle systémique et l'expression des gènes de transport inverse du cholestérol et les gènes inflammatoires.


2. Effets de la consommation de cynorhodon sur les marqueurs de risque du diabète de type 2 et des maladies cardiovasculaires : une étude randomisée, en double aveugle et croisée chez des personnes obèses


→ La consommation quotidienne d’une boisson à base de cynorhodon pendant 6 semaines a entraîné une réduction significative de la pression artérielle systolique, du cholestérol plasmatique total, du cholestérol à lipoprotéines de basse densité (LDL) et du rapport LDL/HDL. Le score d'évaluation du risque de maladie cardiovasculaire de Reynolds a diminué dans le groupe cynorhodon par rapport au groupe témoin.


L’étude conclut que la consommation quotidienne de 40 g de poudre de cynorrhodon pendant 6 semaines peut réduire de manière significative le risque cardiovasculaire chez les personnes obèses en abaissant la pression artérielle systolique et les niveaux de cholestérol plasmatique.


3. L'églantier - un médicament à base de plantes médicinales fondé sur des preuves pour l'inflammation et l'arthrite


→ Les cynorhodons ont une action anti-inflammatoire spécifique. Une poudre de cynorrhodon standardisée a démontré une activité antioxydante et anti-inflammatoire ainsi que des avantages cliniques dans des conditions telles que l'ostéoarthrite, la polyarthrite rhumatoïde et les maladies inflammatoires de l'intestin. Des études cliniques à grande échelle ont confirmé l'efficacité de l'églantier dans le traitement de l'arthropathie des articulations du genou chez l'homme.


La poudre de cynorhodon standardisée peut être un remplacement ou un complément viable pour les thérapies conventionnelles utilisées dans les maladies inflammatoires telles que l'arthrite.


Contrairement aux anti-inflammatoires non stéroïdiens et à l'aspirine, le cynorrhodon a des actions anti-inflammatoires qui ne produisent pas d’ulcères(en fait, il est très efficace dans le traitements des ulcères) et n'inhibent pas les plaquettes ni n'influencent la cascade de coagulation ou la fibrinolyse.


4. Applications thérapeutiques des cynorrhodons de différentes espèces de Rosa


Parmi une longue liste d’applications, je vous en propose deux :


→ Activité neuroprotectrice du fruit de l’églantier :


• À l'heure actuelle, Rosa damascena est l'une des plantes médicinales les plus prometteuses pour le traitement de l'Alzheimer, affirment les auteurs de cette étude. Les propriétés antioxydantes des flavonoïdes contenus dans ces cynorrhodons sont les éléments les plus probablement responsables de leur effet neuroprotecteur, car ils sont censés inhiber la synthèse de l'amyloïde β. Concrètement, le flavonoïde myricétine a montré le potentiel anti-Alzheimer le plus pertinent, car il est capable d'éviter la formation de l'amyloïde β et possède une certaine activité tau-antagoniste. De plus, ses propriétés antioxydantes semblent agir comme une protection contre les dommages neuronaux et avoir des effets anticonvulsifs.


• La plupart des dommages cérébraux induits par la dépression sont liés à une surproduction de radicaux libres dans le cerveau qui déclenche la mort cellulaire. Par conséquent, la teneur élevée en antioxydants de l'églantier en fait une aide potentielle et puissante pour le traitement de la dépression. Des chercheurs ont également trouvé que l'inhalation d’huile essentielle de Rosa damascena réduisait les niveaux de peroxydation lipidique dans le cortex cérébral de rats déprimés, prouvant le potentiel de l'églantier dans la gestion de la dépression.


→ Effets antimicrobiens du cynorrhodon


• Certains caroténoïdes (provitamines A) de Rosa canina ont une certaine activité anti-Helicobacter pylori. On a observé que l'un des caroténoïdes les plus abondants était le lycopène, dont l'activité antioxydante est un facteur clé dans l'éradication de Helicobacter pylori.


• En 1995, l'effet protecteur des extraits de Rosa nutkana contre le coronavirus bovin a été rapporté.


• Certains composés phytochimiques de Rosa rugosa ont montré une activité anti-virus de l'hépatite C en inhibant sa capacité à envahir les hépatocytes.


• La Rosa rugosa a été étudiée comme source de nouveaux agents anti-VIH. Un complexe présent dans le cynorrhodon a montré un fort effet inhibiteur sur la rétrotranscriptase virale. Selon les auteurs de cette étude, ces résultats démontrent le potentiel thérapeutique de l'églantier dans l'éradication du VIH.

CONCLUSIONS ET UNE RECETTE


Dans cette revue, le genre Rosa a été présenté comme une source naturelle d'antioxydants avec une utilisation potentielle dans la prévention et le traitement des maladies. Le genre Rosa se distingue par sa teneur plus élevée que d’autres fruits en antioxydants, en polyphénols, en vitamine C (400 mg pour 100 g de fruits), en vitamines E et B, et en caroténoïdes, qui ont un effet synergique antioxydant très utile pour le traitement de différents troubles modernes liés au stress oxydatif ou au statut pro-inflammatoire.


LA TISANE DE CYNORHODONS À l’ANCIENNE MODE


¾ tasse de fruits entiers séchés*

3 tasses d’eau

Mijoter à feu doux 20 minutes.

Passer et sucrer avec du miel.

Boire à volonté.

* Ou 1 tasse de fruits entiers frais ou 2 c. à s. de fruits en poudre


SOURCES

1. Ayati, Z. et coll., Phytochemistry, Traditional Uses and Pharmacological Profile of Rose Hip: A Review, Current Pharmaceutical Design, 2018.

2. Michele Cavalera et coll., Dietary rose hip exerts antiatherosclerotic effects and increases nitric oxide-mediated dilation in ApoE-null mice, Eur J Clin Nutr, 2012.

3. Marc Cohen, Rosehip - an evidence based herbal medicine for inflammation and arthritis, Aust Fam Physician, 2012. (Cette poudre de cynorrhodons standardisée est la poudre Hyben Vital.)

4. Inés Mármol et coll., Therapeutic Applications of Rose Hips from Different Rosa Species, Int J Mol Sci, 2017.


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