• Danièle Starenkyj

UN TRÈS ANCIEN CONTE DE NOËL : LES TROIS ARBRES

Nous avons raconté ce conte à nos enfants et petits-enfants le soir de Noël et il n’a jamais manqué de nous faire verser à tous quelques larmes. Ce conte parle de rêves différés mais finalement accomplis au-delà de tout ce qui avait été pensé et souhaité. Chers lecteurs, je vous souhaite un Noël qui vous permettra de croire dans la réalisation de vos plus chères aspirations.


« IL ÉTAIT UNE FOIS, au sommet d’une montagne, trois petits arbres qui rêvaient à ce qu’ils deviendraient quand ils seraient grands.


Le premier petit arbre aimait regarder les étoiles qui brillaient dans le ciel et il se disait : - Je veux contenir un trésor. Je veux être recouvert d’or et rempli de pierres précieuses. Je veux devenir le plus beau coffre au trésor au monde !


Le second petit arbre aimait suivre des yeux le ruisselet qui dévalait la pente à ses pieds pour se jeter loin, beaucoup plus loin dans le vaste océan. Il se disait : - Je veux être un robuste bateau. Oui, je veux naviguer sur les grandes eaux et transporter de puissants rois. Je veux devenir le plus solide bateau au monde !

Le troisième petit arbre n’aimait pas voir l’agitation des hommes et des femmes qui vivaient dans la ville au pied de la montagne. Il se disait : - Je ne veux pas du tout quitter le sommet de ma montagne. Je veux grandir et devenir un très grand arbre, si grand que quand les gens s’arrêteront pour me regarder, ils auront besoin de lever les yeux jusqu’au ciel, et ils pourront penser à Dieu. Oui, je veux devenir l’arbre le plus haut du monde !

Les années passèrent. Il y eut de la pluie et il y eut du soleil, et les petits arbres devinrent grands.

UN JOUR, trois bûcherons grimpèrent jusqu’au sommet de la montagne.


Le premier bûcheron regarda le premier arbre et dit : - Il est magnifique. C’est parfait pour moi. Et d’un coup de hache, il l’abattit. Le premier arbre se dit alors : - Voilà, maintenant, je vais devenir le plus beau coffre au trésor et je vais contenir un merveilleux trésor !


Le second bûcheron regarda le second arbre et dit : - Cet arbre est sain. C’est parfait pour moi. Et d’un coup de hache, il l’abattit. Le second arbre se dit alors : - Voilà, maintenant, je vais naviguer sur les puissantes eaux. Je vais devenir un solide bateau digne de rois !


Le troisième arbre sentit son cœur défaillir quand le troisième bûcheron s’approcha de lui. Il se tint bien droit et pointa bravement vers le ciel. Mais le bûcheron ne leva pas même les yeux. Il marmonna : - N’importe quel arbre fera l’affaire pour moi. Et d’un coup de hache, il abattit le troisième arbre.


Le premier arbre se réjouit quand le bûcheron l’apporta dans l’échoppe d’un charpentier ; mais le charpentier, très occupé à ce moment-là, ne pensait pas à un coffre au trésor. Non, de ses mains usées par le travail, il transforma l’arbre en une mangeoire pour les animaux.


Le premier arbre, autrefois si beau, ne fut pas recouvert d’or et rempli de biens précieux. Il fut recouvert de sciure de bois et chargé de foin pour des animaux de ferme affamés.


Le second arbre sourit quand le bûcheron l’apporta dans un chantier naval ; mais, ce jour-là, la construction d’un puissant voilier n’était pas au programme. Non, l’arbre, si fort autrefois, fut martelé et scié en un simple bateau de pêche.


Trop petit et trop fragile pour naviguer sur l’océan ou même sur une rivière, on le porta au bord d’un petit lac… Et chaque jour, il rapportait des tas de poissons morts et malodorants.

Le troisième arbre fut bouleversé quand le bûcheron en tira deux grosses poutres et les abandonna dans une cour à bois. - Que m’est -il arrivé, se demanda cet arbre autrefois si majestueux ? La seule chose que je voulais c’était de rester sur la montagne et pointer vers Dieu !


Des jours et des nuits passèrent. Les trois arbres en avaient presque oublié leurs rêves.


MAIS UNE NUIT, une lumière d’étoile dorée illumina le premier arbre alors qu’une jeune maman couchait son bébé nouveau-né dans la mangeoire. Son mari murmura : - Combien j’aurais voulu lui faire un berceau ! La maman lui serra la main en souriant, et alors que l’étoile projetait sa lumière sur le bois bien poli, lisse et brillant, elle dit : - Cette mangeoire est magnifique !


Et soudain, le premier arbre comprit qu’il contenait le plus grand trésor au monde.


UN SOIR, un voyageur fatigué et ses amis s’entassèrent dans un vieux bateau de pêche. Le voyageur s’endormit alors que le deuxième arbre naviguait tranquillement sur le lac.


Tout à coup, un terrible orage éclata. Éclairs et tonnerres déchiraient le ciel. Le petit arbre se mit à frissonner. Il savait très bien qu’il n’avait pas la force de transporter tant de passagers et d’assurer leur sécurité avec un tel vent et une telle pluie.


L’homme fatigué se réveilla. Il se leva. Il étendit ses mains et dit : - Paix ! Silence ! Aussi brusquement qu’il avait débuté, l’orage s’arrêta.


Et soudain, le deuxième arbre comprit qu’il transportait le Roi de l’univers.


UN VENDREDI MATIN, le troisième arbre sursauta alors que ses deux poutres étaient tirées de la pile de bois oubliée, et qu’elles étaient assemblées en croix. Il frissonna alors qu’il était porté à travers une méchante foule en délire. Il frémit quand, sur ses poutres, des soldats clouèrent un Homme.


Le troisième arbre se trouva laid, dur, et cruel.

Mais le dimanche matin, alors que le soleil se levait et que la terre trépignait de joie, le troisième arbre comprit que l’amour de Dieu avait triomphé et tout transformé :


Le premier arbre, cet amour l’avait rendu beau.

Le deuxième arbre, cet amour l’avait rendu fort.

Et le troisième arbre, chaque fois que les gens y songeraient, impossible de s’y tromper, ils penseraient à Dieu.

Oui, ça, c’était infiniment mieux que d’être le plus grand arbre au monde. »


Traduit et adapté de l’anglais par Danièle Starenkyj – The Tale of Three Trees, A Traditional Folktale. Ce conte a été remis à l’honneur par Angela Elwell Hunt et illustré par Tim Jonke, 1999.

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