• Danièle Starenkyj

NOURRIR LA MÈRE POUR NOURRIR L’ENFANT 1 ?

Et si les seins des femmes, au cours des millénaires, s’étaient montrés bien plus habiles à composer un mélange nutritif pour leurs bébés que le cerveau de n’importe quel savant ?

Alors pourquoi tant de disputes, controverses, et dissuasions autour de ce geste d’amour d’une mère envers son enfant ?


UNE QUESTION ET UNE RÉPONSE


En 1847, Anthony Trollope, fin observateur britannique de la condition féminine, s’exclame : « Comment se fait-il que les femmes des hommes pauvres qui ne peuvent pas être dorlotées avec du gibier froid ou du vin de Porto, allaitent leurs enfants sans difficulté, alors que les femmes des hommes riches qui mangent et boivent tout ce qui est bon, n’y arrivent pas ? »

Aujourd’hui, grâce à la science de la nutrition, nous pouvons répondre à Anthony Trollope. Si les femmes des hommes pauvres en 1847 pouvaient allaiter leurs bébés sans problème, c’est parce que, à toute fin pratique, elles ne mangeaient que du pain et de la bouillie d’AVOINE agrémentés de petits fruits en saison et de beaucoup de légumes racines ou de verdures sous forme de soupes épaisses. Expliquons-nous.


LA COMPOSITION DU LAIT MATERNEL2


•Le lait humain est composé de 87,5 % d’EAU. La maman doit donc boire 8 à 10 verres d’eau par jour. Les tisanes et les bouillons peuvent compter mais il n’est quand même pas nécessaire d’excéder la ration normale en eau car la prolactine exerce un effet antidiurétique qui économise l’eau dans les tissus de la mère.

•Le lait humain a un taux étonnamment bas de PROTÉINES, soit 0,8 à 0,9 %. (Le lait de vache comporte 3,5 % de protéines.) Ce taux est constant tout autour du monde, et il reste constant en période de sous-alimentation, de famine et de suralimentation.

•Les HYDRATES DE CARBONE (glucides) du lait humain sont principalement sous forme de lactose. Le taux de lactose présent dans les laits animaux varie d’une espèce à l’autre. Le lait de l’otarie n’en a presque pas alors que le lait humain a le taux le plus élevé de tous les laits animaux, soit 7 %. Ce lactose offre l’assurance d’une abondante source de galactose disponible pour le grand et complexe cerveau humain au développement très rapide. (Le lait de vache ne contient que 4 % de lactose.) Le lactose est un nutriment qui a une concentration constante dans le lait humain -- que la mère soit bien ou mal nourrie. En fait, le lactose, tout comme les protéines, n’est pas affecté par le régime maternel.

•Le lait humain comporte des VITAMINES. Or leur présence ou leur absence dépend directement du régime maternel. Grâce à une consommation abondante de fruits frais et de légumes vert foncé, une maman peut offrir à son bébé un lait super vitaminé. ATTENTION à la vitamine D3 si la mère et l’enfant sont privés d’ensoleillement. ATTENTION à la vitamine B6 si la maman a fait un usage prolongé de la pilule anticonceptionnelle. On sait que cette médication entraîne des carences en vitamine B6 dans le sang et les tissus maternels. Il faut donc prévoir éventuellement une supplémentation en vitamines D3 et B6.

•Contrairement aux vitamines, la concentration en MINÉRAUX (qui est trois fois moins grande dans le lait maternel que dans le lait de vache) n’est pas directement influencée par le régime maternel quotidien. Le lait humain est pauvre en calcium, phosphore, sodium, fer et zinc. Cependant grâce à la présence de LIANTS, l’assimilation de ces minéraux est beaucoup plus grande avec le lait maternel qu’avec le lait de vache.

•De tous les nutriments présents dans le lait maternel, le GRAS (lipides) est le plus affecté ou influencé par le régime maternel. En fait, la qualité et la quantité de ce nutriment peuvent être directement manipulées par le régime maternel. Aujourd’hui on sait que plus le régime maternel est riche en hydrates de carbone complexes (céréales non raffinées, pain intégral), plus le lait maternel comporte de gras. On sait aussi que le type d’acides gras présents dans le lait maternel reflète celui des acides gras présents dans le régime maternel. Par exemple, selon que la mère consomme du beurre ou de l’huile, son lait sera plus riche en acides gras saturés ou insaturés.


LE RÉGIME IDÉAL DE LA MÈRE ALLAITANTE3


Déjà en 1959, puis en 1965, des scientifiques démontraient que le régime idéal de la femme allaitante était un régime TRÈS RICHE EN HYDRATES DE CARBONE – céréales non raffinées, pain complet, légumes, fruits (soit plus de 70 % d’un régime de 1600 à 1800 calories) et PAUVRE EN GRAISSES (7 à 15 % du régime total).


Un tel régime favorise et rend optimale la synthèse intra-mammaire du gras, et permet alors la fabrication d’un lait « riche », capable de satisfaire l’appétit vorace d’un bébé en pleine croissance.


De nombreuses mamans qui allaitent se plaignent souvent d’avoir un bébé insatiable, qui ne semble jamais satisfait et qui tète sans cesse, le jour comme la nuit. D’autres mamans souffrent d’avoir un bébé pleurnicheur, irritable, nerveux et insomniaque.


Il faut comprendre que c’est seulement la présence du gras dans le lait maternel qui fournit au lait sa valeur calorique, et donc qui permet le rassasiement du bébé pendant trois à quatre heures entre les boires (et parfois même plus).


C’est aussi la présence du gras dans le lait qui facilite, accélère, et optimise la croissance et la myélinisation du système nerveux central et du cerveau du bébé.

Alors que faire pour une maman qui se plaint d’avoir un lait trop « pauvre », et d’être incapable de satisfaire un bébé « extrêmement exigeant » ? La réponse basée sur des données scientifiques probantes s’impose : il faut nourrir la mère avec une abondance de pain complet et de céréales non raffinées (vive les flocons d’avoine en gruau!) qui lui permettront de fabriquer un lait riche en gras, seul capable de satisfaire le bébé le plus affamé et ainsi de raccourcir les tétées, de les espacer normalement (3 à 4 heures) et de permettre à la mère de remplir ce rôle spécifiquement féminin avec joie et sans fatigue.


DÉCOCTION DE FLOCONS D’AVOINE (pour une excellente lactation)


Faire mijoter à feu doux pendant 40 minutes :

½ tasse de gros flocons d’avoine

4 tasses d’eau

une pincée de sel


La décoction, une fois cuite, peut être tamisée si désiré, puis versée dans le mélangeur. Y ajouter :


2 c. à thé de miel

1 c. à soupe de graines de tournesol

1 poignée de graines de luzerne germées

Bien liquéfier et boire chaud ou froid selon les saisons ou le goût.


RÉFÉRENCES

1. Sosa R., Klaus M., Urrutia J., Feed the mother, thereby the infant, J Pediat, 88, 668, 1976.

2. Jeliffe D.B. et Jeliffe P. E.F., Human Milk in the Modern World, Oxford University Press, 1978.

3. Pour un guide complet de nutrition et d’éducation pour la mère et le père, voir de Danièle Starenkyj, DEVENIR PARENT, -- Vivre un nouveau paradigme de la préparation à la conception au sevrage du bébé, Orion, 2014.


©2020 DANIÈLE STARENKYJ

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