• Danièle Starenkyj

LE CHARBON PEUT-IL AMÉLIORER LES RÉSUTATS DANS LES INFECTIONS À COVID-19

Cette question est le titre d’une étude parue dans le journal médical Medical Hypothesis en novembre 2020.


Le charbon activé est pour moi un sujet de recherche passionnant depuis 1985, année où j’ai publié le livre MON PETIT DOCTEUR. Au cours du temps, il a fait l’objet de deux révisions et mises à jour, et de nombreuses

réimpressions.


Et voilà que je retrouve le charbon dans la lutte contre les effets graves et même mortels de la Covid-19. Permettez-moi de partager avec vous le raisonnement d’un groupe de scientifiques américains sur l'utilité potentielle du charbon actif oral, qui pourrait réduire l'absorption des toxines dérivées du microbiome, et améliorerait le stress oxydant et l'inflammation systémiques qui jouent un rôle majeur dans les complications désolantes de la Covid-19.


LE CONTEXTE DE L’HYPOTHÈSE


On connaît les coronavirus et leurs effets souvent graves depuis maintenant un demi-siècle. Par contre, le virus Covid-19 a créé une pandémie aux conséquences sanitaires néfastes pour des millions de personnes. Il semble que cela dépasse tout ce que l’on a connu jusqu’à présent.


Cependant, il est important de noter que tout le monde n’a pas les mêmes signes et symptômes de cette infection. Certains n’en ont pratiquement aucun alors que d’autres en meurent tragiquement.


OÙ SE JOUE LA DIFFÉRENCE ?


Les spécialistes parlent de l’âge, du dysfonctionnement rénal, et de l’obésité. Ce sont là les facteurs de risque les plus sérieux pour une infection grave ou mortelle par le virus Covid-19. Les mécanismes qui, entre autres, vont blesser les personnes infectées sont l’augmentation des cytokines systémiques et l’inflammation généralisée.


PROPOSITION D’EXPLICATION


Les chercheurs qui ont émis l’hypothèse de l’action positive du charbon activé dans la Covid-19 se sont concentrés sur le rôle des cellules spécialisées dans le stockage des graisses (adipocytes) dans le fonctionnement des maladies métaboliques et cardiovasculaires.


Ils ont remarqué que dans les modèles expérimentaux de ces maladies, l’état d’oxydation et de réduction des adipocytes a des conséquences profondes sur le stress oxydant systémique (agression des cellules par des radicaux libres qui affecte la totalité de l’organisme), l'inflammation et le caractère de la maladie.


LES CAUSES DU STRESS OXYDANT DANS LES CELLULES GRAISSEUSES


Et nous voilà de retour au microbiote ! Ces chercheurs ont identifié que les amines toxiques dérivées du tryptophane et de la tyrosine, produites par le microbiome intestinal, peuvent provoquer directement un stress oxydant dans les cellules graisseuses (adipocytes). Ces substances sont normalement excrétées par les reins, mais en cas d’excès de protéines et en l’absence de fibres, elles altèrent la fonction rénale, et s’accumulent dans le sang. (Voir le blogue : L’excès de protéines, le microbiote et le cerveau)


Voilà des décennies que la médecine peut se référer, entre autres, aux études de H. Yatzidis (1964) et de Kopp K.F. (1978) démontrant l’influence du charbon activé administré par voie orale sur les manifestations biologiques et cliniques de l’insuffisance rénale aiguë et avancée. Le charbon (20 à 50 g par jour) entraîne rapidement une nette diminution des phénols et de l’acide urique. Il s’en suit une amélioration impressionnante de l’état clinique : diminution des nausées, vomissements, ballonnements et gaz.


Ainsi, il est reconnu que les symptômes de l'urémie elle-même peuvent être améliorés par l'utilisation de charbon actif oral pour réduire l'absorption des amines toxiques venant du microbiome. Des données expérimentales soutiennent également le concept selon lequel l'urémie peut accentuer l’effet de la septicémie et que le charbon actif oral peut atténuer ce phénomène. (On parle de septicémie lorsque des germes pénètrent dans la circulation sanguine et déclenchent une réaction généralisée grave. Lorsque la septicémie est sévère, un ou plusieurs organes peuvent cesser de fonctionner. Par exemple, les reins peuvent arrêter de fabriquer l’urine ou les poumons peuvent arrêter de transporter l’oxygène.)


LA JUSTIFICATION DE L’HYPOTHÈSE


Dans le contexte de la Covid-19,


→ les cellules graisseuses(adipocytes) sont une cible connue du virus ;

→ avec l'âge, il est statistiquement probable que la fonction rénale diminue chez un grand nombre de « bons vivants »,

→ et que la graisse abdominale augmente.


Certaines données suggèrent


→ que le virus peut induire un stress oxydatif dans les adipocytes

→et que ce stress oxydatif peut réguler à la hausse l'expression de la protéine ACE-2, le récepteur présumé du virus COVID-19.


On comprend que les personnes âgées qui peuvent avoir une augmentation des concentrations circulantes d’amines toxiques affaiblissant les reins, et les personnes obèses à la forte masse graisseuse qui réagit à ces substances toxiques puissent être plus à risque de souffrir des complications sérieuses de cette infection.


LE CHARBON POURQUOI ?


• L'administration de charbon actif s'est avérée bien tolérée chez les patients souffrant de dysfonctionnement rénal.

• Il a également été démontré que ce charbon actif diminue efficacement les niveaux circulants d’indoles et de phénols.

• En plus de sa capacité à éliminer ces toxines dérivées du microbiome, le charbon actif peut également avoir des propriétés d'adsorption non spécifiques qui atténuent les réponses inflammatoires ou inactivent les virus.


JUSTIFICATION D’UNE ÉTUDE DE VALIDATION DE CONCEPT


Les auteurs de cette hypothèse affirment : « Étant donné que la toxicité potentielle du charbon actif oral est si limitée, nous proposons d'étudier cette substance, pour atténuer potentiellement les effets indésirables de la Covid-19. »


Ces auteurs suggèrent que les patients présentant un risque élevé de complications liées au virus COVID-19 reçoivent du charbon actif à des doses similaires à celles utilisées dans les études précédentes sur l'insuffisance rénale, tout en indiquant que cela n’empêcherait pas de poursuivre les travaux définitifs de recherche d'antiviraux efficaces et de développement d'un vaccin.


CONCLUSION


En attendant une étude prospective randomisée en aveugle devant être réalisée avant l'adaptation à grande échelle de cette stratégie de traitement, pourquoi ne pas agir avec sagesse, et judicieusement :


1. augmenter sa consommation de fibres végétales ;

2. diminuer sa consommation de protéines animales ;

3. et faire l’expérience quotidienne des bienfaits étonnants de « mon petit docteur » ?


© 2022 Danièle Starenkyj

SOURCES

 

1. Zeid J. Khitan et coll., Can charcoal improve outcomes in COVID-19 infections? Med Hypotheses, novembre 2020.

2. Mathieu Uzzan et coll., Why is SARS-CoV-2 infection more severe in obese men? The gut lymphatics - Lung axis hypothesis, Med Hypotheses, novembre 2020.

3. Masoumeh Asgharpour et coll., Effectiveness of extracorporeal blood purification (hemoadsorption) in patients with severe coronavirus disease 2019 (COVID-19), BMC Nephrology, 2020.

4. Wei Ling Lau et coll., Altered microbiome in chronic kidney disease: systemic effects of gut-derived uremic toxins, Clin Sci (Lond), 9 mars 2018.

5. Jacek Rysz , Beata Franczyk, et coll., The Impact of CKD (chronic kidney disease) on Uremic Toxins and Gut Microbiota, Toxins (Basel), 31 mars 2021.

6. Starenkyj D., Mon petit docteur, Nouvelle édition revue et augmentée en 2012, réimpression en 2017, Orion.

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