• Danièle Starenkyj

LA SANTÉ DE L’ÉCOLIER, UNE QUESTION DE SANTÉ PUBLIQUE ?

Plusieurs mouvements, depuis les années 1950, militent pour la libération des enfants des classes confinées, rigides, où ils doivent rester assis sans bouger, sans parler, et, maintenant, masqués, pendant des heures pour rentrer chez eux en autobus chargés de devoirs à faire.


Des éducateurs de renom international sonnent l’alarme et insistent sur le besoin primaire que les enfants ont de jouer de façon non dirigée, spontanée, créative, active, ET EN PLEIN AIR.


Ces hommes et ces femmes, soucieux du développement physique, cognitif, émotionnel, et social optimal des enfants, plaident leur cause comme d’autres, dont Nelson Mandela emprisonné pendant 27 ans dans des conditions carcérales très rudes et humiliantes, ont plaidé celle des prisonniers.


COVID-19 OU NON LES ENFANTS SONT CONFINÉS


Une campagne internationale (Dirt is Good) a rapporté que presque 1 enfant sur 10 ne jouent jamais dehors. Dès leur naissance, ils passent beaucoup de temps chaque jour à l’intérieur devant des écrans (souvent ceux que leurs parents regardent). Dès l’âge de trois ans, le temps d’écran devient la manière dominante pour les enfants de jouer. Un sondage a révélé qu’à l’âge de 7 ans, les enfants ont déjà passé 2 ans et trois mois devant des écrans (818 jours). Moins de la moitié de ce temps est passé avec la famille ou avec des amis. Le reste du temps, les enfants sont seuls avec leur écran. D’où cette alerte lancée par des sommités éducatives : « De toute évidence, de nombreux enfants tout autour du monde passent plus de temps à l’intérieur que des criminels reconnus coupables. »


VRAIMENT ?


Oui, les criminels, selon les Règles Nelson Mandela, et je cite, « ont droit à un minimum d'une heure d'exercice en plein air par jour. Ceci est crucial pour leur bien-être mental et physique. Des installations appropriées doivent être fournies, suffisamment grandes, sûres et correctement équipées, afin d'offrir la possibilité d'un exercice et d'une récréation véritables. Les autorités pénitentiaires doivent veiller à ce que tous les détenus puissent passer du temps à l'extérieur, y compris les détenus placés à l'isolement ou punis et les détenus en situation de vulnérabilité. »


ET POURQUOI ?


« L'exercice en plein air est crucial pour le bien-être mental et physique des détenus, dans le cadre d'un régime équilibré d'activités en prison. Cela est d'autant plus vrai que de nombreux détenus passent la plupart de leur temps à l'intérieur, avec un accès limité à la lumière naturelle et à l'air frais. Les normes internationales précisent que les détenus doivent disposer d'au moins une heure par jour à l'air libre. Cela devrait leur permettre de faire de l'exercice, de se détendre, de prendre l'air et de s'exposer à la lumière du soleil. Le temps passé à l'extérieur peut également donner aux détenus l'occasion de socialiser et de participer à des activités récréatives, ou de passer du temps seuls s'ils le souhaitent. »

 

ALORS QUI PLAIDE POUR NOS ENFANTS SOUVENT PRIVÉS MÊME DE RÉCRÉATION ?


Des « Nelson Mandela » de l’éducation ont rédigé « La déclaration de l’apprentissage et du jeu – appel à l'arrêt de la guerre contre l'enfance ».


Se basant sur un consensus scientifique et médical qui confirme que les enfants à l’école ont besoin de jouer, ils s’opposent aux « politiques contreproductives de contrainte physique, de diminution ou d’annulation des récréations, de la surcharge de travail, de la peur, et du stress, ainsi qu’au système scolaire de gestion basé sur les tests standardisés de masse obligatoires pour les enfants âgés de 8 ans ou moins, qui constituent une guerre contre les enfants et ne favorisent pas l'apprentissage. »


L’ÉCOLE DEHORS


Les initiatives pour permettre une éducation rencontrant les besoins des enfants se multiplient. On parle de classes vertes, de cours d’école débarrassées de leur asphalte et aménagées pour le contact avec la nature ou encore d’écoles de la forêt. La pandémie de COVID-19 a amené de nombreux éducateurs, conscients des effets néfastes des longs mois de confinement et de l’augmentation énorme du temps d’écran des enfants, à se tourner vers des initiatives déjà bien installées dans les pays scandinaves, mais aussi en Belgique, en Suisse et en Écosse où faire la classe à l’extérieur est inscrit au programme officiel.


L’ÉCOLE HUMAINE DOIT OFFRIR :


1. a) Une expérience scolaire joyeuse, riche en découvertes et expériences, encouragements, conversations, défis intellectuels, jeux libres et jeux guidés, enseignement et apprentissage ludiques, respect de la voix des enfants et de leurs différences d’apprentissage individuelles ;

b) des services de soutien sociaux, dont des repas sains ;

c) des classes de taille raisonnable ;

d) un programme d’études complet incluant les arts, la musique et l’activité physique ;

e) des évaluations régulières par des enseignants hautement qualifiés et non pas des tests standardisés.


2. Elle doit offrir au moins 60 minutes par jour de récréation non structurée DEHORS, selon les recommandations de la National Academy of Medicine (É.-U.), et une éducation physique de haute qualité pendant au moins 30 minutes par jour à l’élémentaire et de 45 minutes par jour au secondaire.


3. Elle doit offrir des périodes régulières du temps scolaire consacrées à des jeux à l'initiative de l'enfant et à des projets passionnels pratiques de son choix.


4. Elle doit offrir la liberté d'échouer et d'apprendre de l'échec comme voie de la réussite.


5. Elle doit encourager une enfance hors de l’école riche en jeux, en activité physique, en lectures indépendantes, en santé mentale et en bien-être physique, en sommeil, en décrochage des médias sociaux, en temps familial, et en temps morts qui permettent à l’enfant de s’ennuyer et ainsi de développer son imagination.


CONCLUSION


Nelson Mandela a dit : « Personne ne connaît vraiment une nation avant d'être entré dans ses prisons. » Peut-on paraphraser cette déclaration et dire : « Personne ne connaît vraiment une nation avant d’être entré dans ses écoles »?


© 2021 DANIÈLE STARENKYJ

SOURCES

• Rule 23, United nations Standard Minimum Rules for the Treatment of Prisoners (Nelson Mandela Rules, adopted 2025), United Nations Office on Drugs and Crime. Les « Règles Nelson Mandela » -- Ensemble des règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus -- ont été entérinées par l’ONU en 2015. Leur fondement est « le respect dû à la dignité et à la valeur inhérente à la personne humaine » et la réalisation que « la santé du prisonnier est une question de santé publique ».

• Institute of Medicine, 2013, Educating the student body: Taking physical activity and physical education to school 6,7.

• International Play Association., “IPA: 21st World Conference Jaipur 2020,” IPA.

• Pasi Sahlberg et William Doyle, Let the Children Play – How more play will save our schools and help children thrive, Oxford, 2019.


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