• Danièle Starenkyj

LA COVID LONGUE : LE MICROBIOTE EST LA SORTIE DU TUNNEL

Un jeune homme de 19 ans atteint de la maladie de Crohn attrape la Covid-19. Il infecte son père et sa plus jeune sœur, mais sa mère, qui souffre d’asthme, et son frère et sa belle-sœur en bonne santé (un couple marié) restent négatifs. Précisons qu’ils vivent tous sous le même toit et donc qu’ils partagent la vie commune.


En mai 2019, le jeune homme et sa mère avaient eu une analyse du microbiote. En mai 2020, le jeune homme, son père de 62 ans et sa sœur de 14 ans sont testés positifs au SRAS-CoV-2. En novembre 2020 le couple marié, resté négatif, a également une analyse du microbiote.


LES RÉSULTATS ?


Le Dr Sabine Hazan, spécialiste en gastroentérologie, médecine interne et hépatologie, rapporte : « Nous avons observé des différences significatives entre le microbiote fécal du fils SRAS-CoV-2-positif et celui de sa famille saine. Il y avait des différences au niveau du phylum, de la classe, de l'ordre, de la famille et du genre bactérien avec l'augmentation de l'abondance relative des Bacteroidetes (potentiellement pathogènes) et des réductions ou suppressions de la diversité bactérienne, en particulier de la famille des Bifidobacterium (toujours bénéfiques). » Et le médecin d’inviter le monde scientifique à emprunter cette nouvelle voie exploratoire pour la prévention ou le traitement des infections par le SRAS-CoV-2.


LA RECHERCHE EST LANCÉE


Les études se multiplient. Toutes elles confirment une diminution de la diversité bactérienne dans l'intestin des patients Covid-19 par rapport aux témoins. La dysbiose (déséquilibre au niveau de la microflore intestinale) observée est liée à l’augmentation des pathogènes opportunistes et à la diminution des bactéries bénéfiques telles que les bifidobactéries. Les résultats soutiennent également une association possible avec la gravité de la maladie.


LA DIARRHÉE, UN SYMPTÔME INITIAL


Selon des études, la présentation initiale de la Covid-19 peut être, pour un fort pourcentage d’individus, une diarrhée, alors qu’ils ne présenteront que plus tard, ou jamais, des symptômes respiratoires ou une fièvre. En fait les symptômes les plus fréquents de la Covid-19 sont des symptômes gastro-intestinaux comme les nausées, la perte d’appétit, les vomissements et les douleurs abdominales, et une diarrhée qui peut durer en moyenne cinq jours. Les personnes présentant des symptômes gastro-intestinaux sont beaucoup plus susceptibles d'avoir le virus Covid-19 détecté dans leurs échantillons de selles que celles qui ne présentent que des symptômes respiratoires. Et certaines personnes atteintes de la Covid-19 ne présenteront que des symptômes gastro-intestinaux.


LA COVID-19, UNE MALADIE INTESTINALE ?


C’est ce que des chercheurs avancent. Les preuves pointant vers la réalité de l’implication du tube digestif dans cette infection s’accumulent. Et qui dit tube digestif doit penser MICROBIOTE.


On affirme que la variété et la quantité des bactéries dans l'intestin peuvent influencer et la gravité du Covid-19 et l'ampleur de la réponse du système immunitaire à l'infection, mais aussi la persistance des symptômes inflammatoires que l’on appelle maintenant la COVID LONGUE.


En général, les symptômes graves liés à la Covid-19 ne durent que deux à six semaines chez 83 % des patients. Par contre, 56 % des patients signalent des symptômes débilitants ou qui se reproduisent pendant des semaines et même des mois après la fin de la Covid-19.


Les symptômes les plus courants, au cours de ces deux périodes, sont la fatigue, la douleur ou l’inconfort général, les troubles du sommeil, l’essoufflement, l’anxiété ou la dépression, et les effets gastro-intestinaux.


Par contre, lors de la Covid-19 longue, on signale la perte prolongée de l’appétit, les nausées, les reflux acides, la diarrhée, la distension abdominale (ventre proéminent), les vomissements, les douleurs abdominales et les selles sanglantes. Selon la Canadian Digestive Health Foundation, ces symptômes sont fréquents même trois mois après qu'un patient ait été considéré comme exempt de la COVID-19.


LA QUALITÉDU MICROBIOTE ET LA GRAVITÉ DE LA COVID-19


Le virus COVID-19 peut attaquer directement les cellules qui tapissent le tube digestif. Cependant, l'intestin n'est pas seulement une cible passive pour le virus. Des preuves suggèrent qu'il joue également un rôle dans la détermination de la gravité du Covid-19. Au cours de la dernière décennie, de nombreuses recherches ont montré que les minuscules habitants du tube digestif - le microbiote intestinal - jouent un rôle essentiel dans la protection de l'organisme contre les agents pathogènes et dans la régulation des réponses immunitaires aux infections, la Covid-19 incluse.


Lorsque le microbiote intestinal est dans un état diversifié, mais sain et équilibré, il contribue au bon fonctionnement du système immunitaire. Lorsque l'équilibre est perturbé – on parle de dysbiose - nos défenses sont compromises et nous devenons plus sensibles aux infections.


On sait que la diversité du microbiote intestinal diminue avec l'âge. De même, il existe une association entre l'altération du microbiote intestinal et les maladies chroniques, telles que l'obésité, le diabète, l’hypertension, et les maladies cardiovasculaires -- ces malheureuses comorbidités qui prédisposent à la COVID-19 et qui sont associées aux cas graves de cette infection pandémique.


DES SPÉCIALISTES AFFIRMENT


Dans une étude menée en 2021 auprès de 100 patients hospitalisés pour une infection à Covid-19, Siew C. Ng et ses collègues de l'Université chinoise de Hong Kong ont constaté que, dans l'ensemble, un certain nombre d'espèces bactériennes bénéfiques étaient déficientes chez les patients Covid-19, et le degré de perturbation du microbiome était en corrélation avec la gravité de la maladie et l'augmentation des signes d'inflammation. 


Le Dr Ng explique : « Plusieurs micro-organismes intestinaux ayant une fonction immunomodulatrice connue étaient appauvris chez les patients atteints de Covid-19, et leur appauvrissement pourrait être un facteur de la tempête de cytokines, l'état hyperinflammatoire dangereux que l'on peut observer chez les patients gravement atteints de la Covid-19.


En France, le Dr Harry Sokol de l’hôpital Saint Antoine à Paris, suggère que dans la phase précoce de l'infection, il y a une altération du microbiote intestinal conduisant à une diminution de la production de substances dérivées du microbiote qui sont importantes pour contrôler l'infection.


Dans une phase ultérieure de la Covid-19, suggère Sokol, le déclin de certains microbes pourrait avoir un impact sur l'intégrité de l'intestin. « Ces microbes génèrent normalement des substances qui contribuent à maintenir la muqueuse intestinale -- on put nommer particulièrement les acides gras à chaîne courte comme l'acide butyrique. Des niveaux inférieurs de bactéries clés pourraient donc provoquer une « fuite intestinale », qui, à son tour, pourrait entraîner la fuite de molécules pro-inflammatoires, accélérant les tempêtes de cytokines qui peuvent causer les dommages considérables aux organes observés dans les cas graves de Covid. »


PROBIOTIQUES ET TMF


Des scientifiques conseillent la surveillance de la santé intestinale pour prédire la gravité de la maladie, et l'utilisation de probiotiques et d'une meilleure alimentation pour stimuler le microbiome. En Chine, le Dr Ng note que plusieurs essais randomisés avec un mélange spécialement formulé de probiotiques sont en cours dans son institution : ces essais visent à réduire le risque de Covid-19 dans les groupes vulnérables tels que les personnes âgées et les diabétiques et à améliorer la réponse aux vaccins contre le virus Covid.

D'autres chercheurs, dont le Dr Sokol, testent les avantages possibles de la transplantation d'organismes fécaux issus d’un sujet sain à un patient atteint d’une pathologie liée à une altération du microbiote intestinal (TMF- Transplantation de Microbiote Fécal) chez les patients dont la population intestinale est déficiente.


LA COVID-19 LONGUE


Les chercheurs constatent que la dysbiose intestinale persiste chez de nombreux patients guéris du virus Covid-19 même lorsqu’il n'est plus détectable. C’est cette dysbiose persistante qui peut contribuer à des problèmes de santé permanents. En effet, même six mois après une infection au SARS-CoV-2, le microbiote peut ne pas encore être rétabli. Il semblerait que la dysbiose perdure plus longtemps lorsqu’un traitement antibiotique a été donné. Et, donnée sérieuse, la dysbiose intestinale serait impliquée dans l'inefficacité et les effets indésirables des vaccins COVID-19.


On ne peut ignorer le cri d’alarme d’autres chercheurs qui avertissent qu’il est de plus en plus clair que la diversité du microbiote humain diminue partout dans le monde. Ce phénomène lié à l’adoption plus ou moins mondiale d’une alimentation urbaine-industrielle a été accompagné d’une augmentation parallèle des maladies chroniques non transmissibles – celles que l’on s’inflige à soi-même par le biais de nos choix alimentaires et de notre style de vie sédentaire et survolté. Il ne faut donc pas être surpris de la pandémie actuelle et de ses effets à long terme.


PRÉVENIR ET GUÉRIR


Vous écoutez les nouvelles : le virus COVID-19 est là pour rester. Alors, je vous invite sérieusement à soigner votre microbiote en toute urgence.


→ Covid-19 courte ou longue, tenons compte des études qui ont démontré les effets anti-inflammatoires et immunitaires des polyphénols (fruits et légumes), des oméga-3 (noix et graines) et de la vitamine D (soleil et supplément) qui ont le potentiel de contrer la Covid-19 et ses effets à long terme.

→ Rappelons que le microbiote est malléable et que c’est un apport abondant en FIBRES qui rend heureuses nos cent mille milliards de bactéries. Les fibres des céréales complètes leur fournissent l’énergie qui leur permette de nous faire jouir d’une santé physique et mentale florissante.


→ Les aliments lactofermentés traditionnellement (sans vinaigre ni vin) comme la choucroute, selon des chercheurs de l’université Stanford, augmentent la diversité du microbiome et améliore les réponses immunitaires, et cela en 10 semaines d’un régime abondant en aliments lactofermentés.


LA SORTIE DU TUNNEL


La qualité de notre microbiote est directement influencée par la qualité de notre régime alimentaire et l’équilibre de notre mode de vie.  Pour affronter la Covid-19 appelée à rester dans notre réalité quotidienne, pour s’en protéger et atténuer ses complications, il est impératif d’adopter les stratégies alimentaires qui rendront notre microbiote intestinal florissant. Oui, un microbiote bien nourri de végétaux riches en fibres est la sortie du tunnel de la Covid-19 longue, mais c’est aussi la plus directe, la plus rapide.


P.S. Pour enrichir votre compréhension de ce sujet, je vous encourage à lire ou relire les blogs suivants :


Notre deuxième cerveau, les fibres, et la santé de notre premier cerveau

Les soins naturels au secours de la toxicité du microbiote

L’excès de protéines, le microbiote, et le cerveau

Les fibres, la santé du microbiote, et le cancer du côlon

Le charbon peut-il améliorer les résultats dans les infections à Covid-19 ?


© 2022 Danièle Starenkyj


SOURCES

1. Hazan S., Pre-Existing Microbiome Signature in a SARS-CoV-2 Discordant Family, Case Report Gastroenterol, 2022.

2. A.C.L. et coll., Results from EDIFICE: A French pilot study on COVID-19 and the gut microbiome in a hospital environment, medtxiv, 2022.

3. Tao Zuo et coll., Alterations in Gut Microbiota of Patients With COVID-19 During Time of Hospitalization, Gastroenterology, 2020.

4. Gut Reactions: Microbes in the Digestive Tract Influence COVID Severity, Feature, 2021.

5. Gerard D. Wright, Quel est l’impact de la Covid-19 sur le microbiote humain ? Microbiota, 2021.

6. Yun Kit Yeoh et coll., Gut microbiota composition reflects disease severity and dysfunction immune responses in patients with COVID-19, Gut, 2021.

7. Huifen Wang et coll., Potential Associations Between Microbiome and COVID-19, Front Med (Lausanne), 2021.

8. Tao Zuo et coll., Gut Microbiome Alterations in COVID-19, Genomics Proteomics Bioinformatics, 2021.

9. Marzena Jabczyk et coll., Diet, Probiotics and Their Impact on the Gut Microbiota during the COVID-19 Pandemic, Nutrients, 2021.

10. Laurence Daoust, Geneviève Pilon, André Marette, Perspective: Nutritional Strategies Targeting the Gut Microbiome to Mitigate COVID-19 Outcomes, Adv Nutr, 2021.

11. Jonathan P. Segal et coll., The gut microbiome: an under-recognized contributor to the COVID-19 pandemic? Therap Adv Gastroenterol, 2020.

12. Dan-Cristan Vodnar et coll., Coronavirus Disease (COVID-19) Caused by (SARS-CoV-2) Infections: A Real Challenge for Human Gut Microbiota, Front Cell Infect Microbiol, 2020.

13. Debojyoti Dhar et coll., Gut microbiota and Covid-19-possible link and implications, Virus Res, 2020.

14. Ella Burchill et coll., The Unique Impact of COVID-19 on Human Gut Microbiome Research, Front Med (Lausanne), 2021.

15. Negin Kazemian et coll., Fecal Microbiota Transplantation during and Post-COVID-19 Pandemic, Int J Mol Sci, 2021.

16. Jiezhong Chen et coll., The intestinal microbiota and improving the efficacy of COVID-19 vaccinations, J Func Foods, 2021.

17. André Moreira-Rosario et coll., Gut Microbiota Diversity and C-Reactive Protein Are Predictors of Disease Severity in COVD-19 Patients, Front Microbiol, 2021.

18.Stanford Medicine News, Fermented-food diet increases microbiome diversity, decreases inflammatory proteins, study finds, July 12, 2021.

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