© 2017, crée par Chantale Coulombe

NUTRITHÉRAPIE ET/OU PSYCHOTHÉRAPIE ?

Au 19e siècle, on a trouvé la solution nutritionnelle à de graves maladies mystérieuses qui décimaient des équipages de marins en mer, des populations asiatiques, des esclaves ne recevant presque que du maïs à manger, des enfants élevés dans les taudis des villes de la nouvelle ère industrielle, des femmes jeunes et moins jeunes aux règles abondantes, et des peuples montagnards : scorbut, béribéri, pellagre, rachitisme, anémie, goitre, ces maladies « nouvelles » étaient toutes accompagnées de maux physiques mais aussi de modifications dans l’état mental. Utilisant du jus de citron, du son de riz ou de blé, des légumes feuilles, de l’huile de foie de morue, de la mélasse noire, des algues, les médecins informés de ces temps-là guérissaient ces maladies et voyaient leurs symptômes disparaître assez rapidement. Aujourd’hui, la biochimie ayant découvert les vitamines, les minéraux, les oligoéléments, on parle de vitamine B1, de vitamine B3, de vitamine D, de fer, d’iode. Et ces nutriments donnés en suppléments ou ajoutés à des aliments courants -- jus (vitamine C), céréales (vitamines du complexe B et fer), lait (vitamine D), sel (iode) – ont enrayé ces graves épidémies d’autrefois.

 

On avance dans le temps. Les antipsychotiques modernes font leur apparition.  Oui, ils arrivent à supprimer efficacement les symptômes de psychoses et d’autres troubles de l’humeur sévères. Mais ils n’arrivent pas à restaurer la santé mentale normale, et, bien sûr, ils causent des effets adverses et toxicologiques sérieux, dont un risque accru de mort subite. On ne peut s’empêcher de remarquer que l’alimentation des personnes qui souffrent de troubles mentaux graves ou moins graves est régulièrement inadéquate. La question s’impose : des carences nutritives pourraient-elles être la cause de ces troubles ou, tout au moins, ces troubles pourraient-ils être en lien avec un cerveau particulièrement vulnérable aux effets délétères de ces carences ?

 

La nutrithérapie parle aujourd’hui non de carence absolue comme dans le passé mais de carence infra ou subclinique --  c’est –à-dire qui ne donne pas encore de symptômes visibles ou directement observables par le praticien ni criants pour le malade, ce dernier s’habituant très tôt à son mal être. La carence est silencieuse : certes ce n’est pas la pleine forme, mais enfin on n’est pas cloué au lit…

 

Faisons un bref, et très partiel, tour de piste des carences en nutriments qui nous privent d’une fonction cérébrale optimale 1, 2 :


1. La carence en vitamine C. En 2016, certains gros titres annonçaient le retour du scorbut dans les pays riches et prospères du globe : l’Australie, la Grande Bretagne, et les pays où la consommation de fruits et légumes frais est délaissée au profit des aliments ultratransformés. Scorbut subclinique, il se manifeste par de la fatigue, des douleurs musculaires, un saignement des gencives et des bleus au moindre coup, mais aussi par des anomalies psychologiques. La concentration de la vitamine C est trois fois plus importante dans le cerveau que dans le sang. Cette carence est courante chez les schizophrènes qui souvent préfèrent la cigarette aux fruits frais. Fumer – quoi que ce soit – accroît toujours, et de beaucoup, les besoins en vitamine C. Parlera-t-on un jour de schizophrénie subclinique ?
2. La carence en vitamines du complexe B. La carence en acide folique précipite la dépression

et inhibe la réponse aux antidépresseurs. Elle est aussi liée à la schizophrénie. Les anticonvulsants utilisés pour traiter certains troubles de l’humeur et la schizophrénie, détruisent l’acide folique et donc augmentent son besoin et aggravent sa carence et ses effets. La première manifestation clinique (visible) de la carence en vitamine B12 est un trouble psychotique. Chez les personnes âgées, elle est responsable du dysfonctionnement cognitif. La carence en thiamine (vitamine B1) et en niacine (vitamine B3) se manifestent très tôt par de la stupeur, la confusion, la psychose ou un dysfonctionnement neurocognitif, bien avant les signes classiques du béribéri et de la pellagre (dermatite, diarrhée et démence). Une dose élevée de vitamine B6 (pyridoxine) s’est montrée efficace pour améliorer la dyskinésie tardive – une complication sérieuse de la pharmacothérapie antipsychotique. (La vitamine E s’est aussi montrée efficace.)
3. La carence en vitamine D. Elle peut précipiter une dépression ou y prédisposer une personne. Les anticonvulsants font également augmenter le besoin en vitamine D.
4. La carence en zinc. Elle est courante dans l’anorexie mentale, et même à faible dose (14 mg/par jour) elle peut améliorer la fonction cognitive, corriger l’altération du goût (dysgueusie), et la perte de l’appétit. 

L’être humain n’est pas un assemblage de pièces détachées. Tout ce qui pénètre dans son corps peut favoriser ou nuire à la totalité de son être. Le corps et l’esprit ne font qu’un. L’un et l’autre dépendent pour leur santé physique et mentale maximale d’une nutrition adéquate ainsi qualifiée : majoritairement ou totalement végétale, entière, variée, abondante, non transformée. Alors pourquoi, avant d’aller chez un psy, ne pas aller au marché et commencer à cuisiner ses aliments ? Et si le besoin d’un professionnel de la santé mentale s’imposait, un cerveau bien nourri sera toujours infiniment plus réceptif à un traitement psychologique. Vous y gagnerez à coup sûr. Bien manger est un incontournable de la santé globale.

 

© Danièle Starenkyj 2018.


1. ORTHOMOLECULAR PSYCHIATRY, Treatment of schizophrenia, edited by David Hawkins et Linus Pauling, W.H. Freeman and Company, 1973.
2. A PHYSICIAN’S HANDBOOK ON ORTHOMOLECULAR MEDICINE, edited by Roger J. Williams et Dwight K. Kalita, Pergamon Press, 1977.

 

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