© 2017, crée par Chantale Coulombe

À LA DÉCOUVERTE ÉTONNANTE DE L’HUMBLE PISSENLIT

 

La première fois que je l’ai remarquée – j’étais une enfant de ville – ce fut sur un livre de la collection Larousse : une jeune femme à la formidable chevelure en tenait une dans sa main, et j’examinai sa tige, sa feuille en dent de lion, et son aigrette aux milliers d’akènes. Cette fleur de pissenlit affirmait que j’avais devant moi un livre qui, dans un souffle, pouvait disperser les idées et les bonnes nouvelles loin, très loin. Sa devise resta gravée dans mon esprit : « Je sème à tout vent ». Puis, ce fut la métaphore « manger des pissenlits par la racine » dite par Gavroche dans les Misérables de Victor Hugo qui me fit cogiter. J’avais compris que cela voulait dire être mort et enterré…

 

À l’âge adulte, installée à la campagne, je fus émerveillée par ces milliers de petits soleils contre lesquels les jardiniers pestaient, puis, par ces millions de petits parachutes jouant dans le vent qui les rendaient encore plus mécontents. Mes conseils de profiter au moins des feuilles vertes de cette fleur déclarée mauvaise herbe ne rencontrèrent que scepticisme et dédain. Quel dommage de se priver ainsi d’une telle mine d’or nutritionnelle !

 

*Pour 100 g de pissenlit : 39 Calories. Eau : 85,5 g. Protéines : 2,7 g. Glucides : 5,7 g. Lipides : 0,7 g. Fibres : 3,5 g. Potassium : 418 mg. Magnésium : 36 mg. Phosphore : 68 mg. Calcium : 165 mg. Fer : 3,1 mg. Vitamine B1 : 0,1 mg. Vitamine B2 : 0,1 mg. Vitamine B6 : 0,2 mg. Niacine : 0,8 mg. Acide folique : 190 µg. Vitamine C : 35 mg. Carotènes : 8400 µg. Vitamine E : 2,5 mg. (e-sante.fr)

 

Mais ce n’est pas tout ! Le pissenlit renferme un principe amer (la taraxacine 0,05 %) qui exerce une action sur le foie et les voies biliaires, et de l’inuline (40 %) qui tient lieu de prébiotique favorisant la multiplication des bactéries intestinales bénéfiques. Le pissenlit dans de nombreuses pharmacopées internationales a des qualités dépuratives, anti-inflammatoires et diurétiques. Encouragée par de telles données, j’ai placé sur notre table des salades de pissenlit et fait des pâtés de pissenlit. (Voir Le bonheur du végétarisme, p.216)

 

Puis, plus récemment, des études sur les effets cytoxiques de la racine de pissenlit m’ont rappelé le café de céréales que bien des Européens buvaient pendant la guerre. C’était un café fabriqué avec un mélange d’orge germé, de chicorée (de la même famille que le pissenlit et également riche en inuline), et de pissenlit. Tout cela était rôti à sec au four puis mis en poudre et utilisé à raison d’une cuillère à soupe dans une tasse d’eau bouillante. (Voir Le bonheur, p.85) Quelle boisson réconfortante et apaisante !

 

Parler des effets anticancéreux d’une plante n’est pas banal. Par contre, quand l’Agence européenne du médicament (EMA), et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et la Commission E du Ministère de la Santé allemande, et la Coopération scientifique européenne en phytothérapie (ESCOP) et le Memorial Sloan-Kettering Cancer Center (U.S.A.) et Santé Canada se penchent sur la racine de pissenlit et organisent des essais cliniques à cet effet, on peut pour le moins s’arrêter et prêter l’oreille.

 

Présentement, une étude intitulée « Dandelion Root Extract in Patients with Refractory Hematologic Malignancies » (canadiancancertrials.ca) est en cours sur 30 patients avec une leucémie ou un lymphome pour qui le traitement conventionnel est resté sans effet. In vitro, un extrait de racine de pissenlit tue en 48 heures les cellules cancéreuses mais laisse intactes les cellules saines. Le docteur Caroline Hamm -- avec le Dr Siyaram Pandey, tous deux de l’Université de Windsor en Ontario, Canada -- cherche à mettre au point un extrait lyophilisé concentré aux propriétés anticancéreuses 5 et 10 fois supérieures à celle de l’infusion de racine de pissenlit maison, le DRE (Dandelion Root Extract).

 

Alors ? Je vous invite à avoir un autre regard sur le pissenlit, cette fleur mal aimée. N’est-il pas mieux de prévenir que de guérir ? Dès ce printemps, consommons avec gratitude des feuilles de pissenlit et buvons en infusion la racine de pissenlit, et même, comme dans certaines régions, consommons-la en guise d’asperges ou encore de panais revenus à la poêle. Les effets bénéfiques de cette plante ne tarderont pas à se faire sentir, d’autant plus que des études scientifiques présentent maintenant les résultats positifs de l’extrait de racine de pissenlit sur le cancer du côlon1 et le cancer de l’estomac2. On n’a pas fini d’en entendre parler. Après tout, heureusement que le pissenlit se sème à tout vent !

 

©2018 DANIÈLE STARENKYJ

 

1. Dandelion root extract affects colorectal cancer proliferation and survival through the activation of multiple death signalling pathways, Oncotarget, November 8, 2016, pages 73080-73100.

2. Dandelion root extract suppressed gastric cancer cells proliferation and migration through targeting IncRNA-CCAT, Biomedicine and Pharmacotherapy, Volume 93, September 2017, pages 1010-1017.

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