© 2017, crée par Chantale Coulombe

DU MARCHÉ À LA TABLE

Petite, j’aimais aller au marché avec ma mère. Nous y allions à bicyclette. C’était une vieille bécane toute noire, et je m’asseyais sur le porte-bagages avec, chaque fois, la recommandation de ne pas mettre les pieds dans les rayons des roues. (Ce que j’ai quand même fait, juste une fois, pour voir…) Je tenais solidement le filet à provisions et, hop, nous étions en route. Je savais quand on arrivait au marché car la voix de Marie-Rose, forte et presque tonitruante, nous parvenait à deux ou trois coins de rue de là : « Qui veut des radis, des radis roses, roses comme Marie-Rose ? »

 

 

Quel bonheur ce marché ! Nous nous promenions d’un étal à l’autre. J’en sens encore les odeurs. J’en vois encore les couleurs. Et puis, tous ces marchands, chacun avec son petit boniment, ses petites histoires, ses démonstrations qu’ils voulaient convaincantes : « Regardez mes haricots, ils sont sans fil ». Et clac, le maraîcher en cassait un. Bien sûr, nous en achetions. Il nous en pesait un kilo et, généreux, nous en mettait une poignée de plus.

 

On furetait pendant une bonne demi-heure. Le filet se remplissait de légumes frais. Puis, quand maman jugeait qu’il était assez lourd, on rentrait à la maison. Alors commençait la préparation du repas de midi. Ah, ces endives braisées ! Ce riz complet aux petits pois en primeur ! Cette salade de haricots verts sautés, de tomates bien mûres et d’olives noires ! Et, bien sûr, ces radis roses… comme Marie-Rose… à la croque au gros sel marin gris !

 

C’était l’époque de l’alimentation paysanne/agricole, de cette époque où les aliments nous parvenaient du champ – en passant par le marché --  à la table, sans autre emballage que du papier journal, et encore pas toujours. Époque où les radis roses venaient de chez Marie-Rose, les endives de la vieille dame au chignon serré, et les haricots du grand gars blond tellement sympathique. Nous mangions des aliments qui avaient presque tous un visage, une histoire, une personnalité. Nous les savourions après une courte prière demandant qu’ils soient bénis. C’était simple. C’était sobre. C’était sain.

 

 

© 2017 Danièle Starenkyj

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