© 2017, crée par Chantale Coulombe

NOTRE CHANT DANS LA NUIT

 

On dit qu’il est impossible d’apprendre à chanter à un oiseau en cage tant que parviennent à son ouïe d’autres mélodies, d’autres sons, d’autres voix. Sans cesse distrait, il n’arrive à retenir que des fragments. Un trille de ceci. Une roulade de cela. Le morceau tout entier lui échappe. Il ne peut le répéter.

Alors le maître, qui croit en la capacité de son oiseau de chanter, prend sa cage, la couvre d’un tissu et la met dans un endroit obscur. Là, l’oiseau n’entend alors que la mélodie qu’il doit apprendre. Après un temps d’agitation et d’abattement, il essaie de la vocaliser. Il s’arrête et recommence jusqu’à ce qu’il puisse la chanter sans hésitation. C’est alors que son maître le remet au grand jour. L’oiseau continuera à chanter ce qu’il a appris dans la noirceur, et, nous affirme-t-on, malgré le brouhaha de la vie courante, il ne l’oubliera jamais.

L’oiseau. La cage. La nuit. Le chant. N’avons-nous pas là autant de symboles d’une réalité humaine faite de contraintes, d’obstacles, d’épreuves, d’afflictions ? Avec au cœur un désir fou de liberté, ne nous trouvons-nous pas souvent en cage ? Avides de bonheur, pourquoi toutes ces périodes de noirceur ? Serait-ce parce que nous avons besoin d’apprendre un chant nouveau ? Nos petits gazouillis banals ont-ils à se transformer en mélopée complexe – complexe comme la vraie vie souvent lente et même triste ? Avons-nous à découvrir d’autres notes, d’autres syllabes, d’autres cadences, d’autres rythmes, d’autres intensités ?

En plein jour, je le sais, notre chant peut souvent n’être que rengaine, rabâchage, litanie. Mais quand il s’élève au cœur de la nuit, je le sais, ses notes pures et simples comme un soupir profond après de longs sanglots la percent d’un cri de victoire. L’épreuve a débordé comme un fleuve. La souffrance a fait son œuvre en silence. L’amour nous a ramené. Notre chant a bravé l’orage. Ébahis, ébaubis, presque abasourdis, nous assistons à la germination de qualités que nous ne pensions jamais avoir : la trempe, le courage, la ténacité, la patience, l’empathie, l’humilité, l’espérance. Je vous l’assure, les ténèbres de l’affliction peuvent nous apprendre un chant – ô combien précieux -- que nous n’oublierons plus jamais.
©2017 Danièle Starenkyj

 

Partagez sur Facebook
Please reload

Posts à l'affiche

L’ALCOOL PLUS FUNESTE QUE LA CRISE CARDIAQUE

6/23/2017

1/1
Please reload

Posts récents
Please reload

Archives
Please reload

Retrouvez-nous
  • Facebook Basic Square